Table des matières

Introduction

Les Comores, archipel volcanique de l’océan Indien, font face à des défis majeurs en matière d’infrastructures portuaires et de connectivité inter-îles. Le développement de ces infrastructures nécessite l’exploitation de carrières pour la production de matériaux de construction, notamment pour les projets de réhabilitation et d’extension portuaires. À Mohéli, la plus petite des îles de l’Union, ces projets soulèvent des questions environnementales et sociales cruciales qui ont fait l’objet d’études d’impact approfondies depuis les années 2000.

L’évaluation environnementale des activités extractives et portuaires constitue un enjeu stratégique pour un petit État insulaire dont l’économie dépend largement des ressources naturelles marines et terrestres. Les études d’impact environnemental et social (EIES) réalisées dans le cadre de projets comme celui du port de Boingoma ou l’exploitation de carrières de concassage à Itsoundzou illustrent les tensions entre développement économique et préservation des écosystèmes fragiles.

Ces évaluations s’inscrivent dans un contexte où la législation environnementale comorienne, encore en développement, s’efforce d’intégrer les standards internationaux tout en tenant compte des réalités locales. L’analyse de ces études permet de comprendre les méthodologies appliquées, les impacts identifiés et les mesures d’atténuation proposées pour concilier développement infrastructurel et durabilité environnementale.

Le contexte des projets portuaires à Mohéli

Les infrastructures portuaires existantes

Mohéli, île de 211 km² située au centre de l’archipel des Comores, dispose d’infrastructures portuaires limitées. Le port de Boingoma, principal point d’entrée maritime de l’île, présente des capacités restreintes qui entravent le développement économique local et la connectivité avec les îles sœurs de Grande Comore et d’Anjouan. La configuration du port ne permet pas l’accostage de navires de fort tonnage, obligeant au transbordement par barques, une pratique coûteuse et dangereuse.

Dans les années 2010, le gouvernement comorien a identifié la nécessité d’un programme d’infrastructures portuaires compétitives s’élevant à 112 milliards de francs comoriens, incluant l’extension du port de Mutsamudu à Anjouan (32,5 milliards), celle de Moroni en Grande Comore (52 milliards) et la construction du port de Fomboni à Mohéli (28 milliards). Ces projets visent à améliorer la connectivité inter-îles, réduire les coûts de transport et stimuler l’activité économique.

Le projet de réhabilitation du port de Boingoma

Le Projet de Connectivité Inter-Îles des Comores (PICMC), référencé P173114, a été développé pour réhabiliter et étendre le port de Boingoma. Ce projet comprenait la construction de brise-lames, l’extension de quais, le dragage des fonds marins et la mise en conformité avec les normes de sécurité ISPS (International Ship and Port Facility Security). Les travaux nécessitaient d’importantes quantités de matériaux de construction, notamment des granulats issus de carrières locales.

En 2022, une étude d’impact environnemental et social spécifique a été réalisée pour l’exploitation de carrières destinées à fournir les matériaux de construction du port de Boingoma. Cette EIES s’inscrivait dans le cadre réglementaire comorien et des exigences de la Banque mondiale, bailleur du projet. Le document de sélection initiale pour les travaux de conception et construction a été publié en novembre 2022, marquant le lancement effectif du processus d’appel d’offres.

Les activités d’exploitation de carrières

L’exploitation de carrières à Itsoundzou

Bien avant le projet de Boingoma, l’île de Grande Comore avait connu une expérience d’exploitation de carrières de concassage à Itsoundzou Mbadjini. En 2008, une étude universitaire menée dans le cadre d’une licence en sciences option environnement à l’Université de Mahajanga a évalué les impacts environnementaux de ces activités. Cette étude pionnière a permis d’identifier les principales problématiques liées au concassage de roches volcaniques dans le contexte comorien.

Le site d’Itsoundzou présentait des caractéristiques particulières, notamment sa proximité avec des zones de pêche et des terres agricoles cultivant des plantes vivrières et de rente comme la vanille. L’inventaire écologique réalisé révélait la présence de ressources halieutiques importantes et d’écosystèmes terrestres sensibles. Les activités de concassage généraient des nuisances multiples : pollution sonore, émissions de poussières, rejets d’huiles de vidange et dégradation de la végétation environnante.

Les impacts environnementaux du concassage

L’étude d’Itsoundzou a documenté plusieurs types d’impacts environnementaux. La pollution de la végétation par les huiles de vidange constituait un problème majeur, avec des photographies montrant des plants contaminés dans les environs immédiats du site. La vétusté des engins utilisés aggravait cette situation, ces équipements anciens étant plus susceptibles de fuites et moins performants en termes de consommation énergétique.

Les impacts acoustiques et atmosphériques affectaient les populations riveraines et la faune locale. Les émissions de particules fines générées par le concassage et le transport des matériaux dégradaient la qualité de l’air, avec des conséquences potentielles sur la santé respiratoire des travailleurs et des habitants. La modification du paysage et la destruction de la couverture végétale entraînaient également des risques d’érosion, particulièrement problématiques dans un contexte volcanique où les sols sont fragiles.

Les études d’impact du projet de Boingoma

Méthodologie d’évaluation environnementale

L’étude d’impact environnemental et social du projet d’exploitation de carrières pour la réhabilitation du port de Boingoma, référencée 2022-0006, a adopté une approche méthodologique conforme aux standards internationaux. Cette EIES comprenait plusieurs composantes : une analyse de l’état initial de l’environnement, l’identification et l’évaluation des impacts potentiels, la proposition de mesures d’évitement, de réduction et de compensation, ainsi qu’un plan de gestion environnementale et sociale (PGES).

L’étude a pris en compte les dimensions biophysiques (géologie, sols, eau, air, biodiversité), socio-économiques (démographie, activités économiques, patrimoine culturel) et sanitaires. La consultation des parties prenantes constituait un élément central de la démarche, permettant d’identifier les préoccupations des communautés affectées et d’intégrer leurs savoirs locaux dans l’évaluation.

Le document comprenait un résumé exécutif détaillé en français et en anglais (executive summary), facilitant la diffusion de l’information auprès des bailleurs internationaux et des autorités nationales. La structure de l’EIES respectait les exigences de la législation comorienne tout en s’alignant sur les normes de performance de la Société Financière Internationale (SFI) et les politiques de sauvegarde de la Banque mondiale.

Impacts environnementaux identifiés

L’EIES du projet de Boingoma a identifié plusieurs catégories d’impacts environnementaux liés à l’exploitation des carrières. Les impacts sur le milieu physique incluaient la modification de la topographie, l’érosion accélérée des sols, la modification du régime hydrique et la génération de poussières et de bruit. L’extraction de matériaux volcaniques nécessitait l’utilisation d’explosifs, créant des vibrations susceptibles d’affecter les structures bâties environnantes et de perturber la faune.

Les impacts sur le milieu biologique concernaient principalement la destruction d’habitats naturels, la perturbation de corridors écologiques et les risques de pollution des eaux de surface et souterraines. À Mohéli, classée réserve de biosphère par l’UNESCO, la préservation de la biodiversité constitue un enjeu majeur. Le parc marin de Mohéli, créé en 2001, protège des écosystèmes coralliens et des zones de reproduction de tortues marines, vulnérables aux sédiments transportés par ruissellement depuis les sites d’extraction.

Les impacts atmosphériques comprenaient les émissions de gaz à effet de serre dues au fonctionnement des engins et au transport des matériaux, ainsi que les émissions de particules. Dans un petit État insulaire contribuant de manière négligeable aux émissions mondiales mais particulièrement vulnérable au changement climatique, cette dimension revêtait une importance symbolique et pratique.

Impacts socio-économiques et sanitaires

Au-delà des aspects environnementaux stricto sensu, l’EIES a évalué les impacts sociaux et économiques du projet. Les impacts positifs identifiés incluaient la création d’emplois temporaires durant la phase de construction, le développement de compétences locales dans les métiers du BTP et l’amélioration des infrastructures facilitant le commerce inter-îles. L’amélioration de la connectivité maritime était présentée comme un facteur de réduction de l’isolement de Mohéli et de stimulation de l’activité économique.

Les impacts négatifs potentiels comprenaient le déplacement éventuel de populations, la perturbation des activités économiques traditionnelles (agriculture, pêche), les nuisances pour les riverains des carrières et les risques sanitaires liés aux émissions de poussières. La question de l’accès aux ressources, notamment foncières, constituait un enjeu sensible dans un contexte où les systèmes de tenure traditionnels coexistent avec le droit moderne.

Les risques sanitaires identifiés concernaient principalement les travailleurs des carrières : accidents du travail, exposition aux poussières siliceuses, troubles musculo-squelettiques liés à la manutention et exposition au bruit. L’étude recommandait la mise en place de mesures de santé et sécurité au travail conformes aux standards de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

L’expérience du projet de port d’Itsamia

Une étude pionnière en 2011

En 2011, avant même le projet de Boingoma, un mémoire universitaire intitulé “Contribution à l’étude d’impacts environnementaux d’une construction d’un port à Itsamia – île de Mohéli - Comores” avait été présenté à l’Université d’Antananarivo en co-diplomation avec l’Université Montesquieu-Bordeaux IV. Cette étude, réalisée par Mohamed Nassurdine Youssouf dans le cadre d’un Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées en Études d’Impacts Environnementaux, constituait une première analyse académique approfondie des enjeux environnementaux des infrastructures portuaires à Mohéli.

Ce travail précurseur a permis d’identifier les méthodologies applicables au contexte comorien et d’anticiper les défis spécifiques aux petits États insulaires en développement. L’étude d’Itsamia a servi de référence pour les projets ultérieurs, démontrant l’importance d’une approche intégrée tenant compte des interactions entre milieux terrestres et marins.

Enseignements méthodologiques

L’expérience d’Itsamia a confirmé la nécessité d’adapter les méthodologies d’évaluation environnementale aux réalités locales. Les écosystèmes marins comoriens, caractérisés par des récifs coralliens, des herbiers de phanérogames et des zones de mangroves (notamment à Bimbini, Anjouan), présentent une sensibilité particulière aux perturbations physiques et aux apports sédimentaires.

L’étude a également souligné l’importance de la phase de construction, durant laquelle les impacts environnementaux sont généralement les plus importants. Le dragage, le bétonnage en milieu marin et la circulation d’engins lourds créent des perturbations temporaires mais significatives des écosystèmes côtiers. La planification temporelle des travaux, en évitant notamment les périodes de reproduction des espèces marines, constituait une mesure d’atténuation essentielle.

Les mesures d’atténuation et de compensation

Mesures techniques d’évitement et de réduction

Les EIES réalisées pour les projets de carrières et de ports à Mohéli ont proposé des mesures d’atténuation hiérarchisées selon le principe “éviter-réduire-compenser”. Les mesures d’évitement consistaient à optimiser la localisation des sites d’extraction et des infrastructures pour minimiser les impacts sur les zones sensibles. Cela incluait l’évitement des zones à haute valeur écologique, des sites culturels et des zones densément peuplées.

Les mesures de réduction comprenaient des dispositions techniques variées : arrosage régulier des pistes pour limiter les émissions de poussières, limitation des horaires de travail pour réduire les nuisances sonores, mise en place de bassins de décantation pour traiter les eaux de ruissellement, végétalisation progressive des zones exploitées, et utilisation d’engins récents conformes aux normes d’émission. Pour les activités portuaires, les mesures incluaient l’installation de rideaux anti-turbidité lors du dragage et le choix de périodes d’intervention minimisant les impacts sur la faune marine.

Le plan de gestion environnementale et sociale (PGES) détaillait les responsabilités, les calendriers de mise en œuvre et les budgets alloués à chaque mesure. Ce document opérationnel constituait le principal outil de suivi de la performance environnementale du projet.

Mesures de compensation et de restauration

Pour les impacts résiduels ne pouvant être évités ou suffisamment réduits, les études proposaient des mesures de compensation écologique. Celles-ci incluaient la restauration d’habitats dégradés, la création de zones protégées compensatoires et le financement de programmes de conservation de la biodiversité. À Mohéli, où la réserve de biosphère constitue un cadre de gestion intégré, ces mesures pouvaient s’intégrer dans des stratégies plus larges de conservation.

La restauration des sites de carrières après exploitation constituait une obligation légale. Les plans de réhabilitation prévoyaient le reprofilage des terrains, l’apport de terre végétale et la plantation d’espèces indigènes pour favoriser la recolonisation naturelle. Dans certains cas, les anciennes carrières pouvaient être reconverties en bassins de rétention d’eau ou en zones récréatives, créant ainsi de nouvelles fonctionnalités.

Les mesures de compensation sociale incluaient des programmes de développement communautaire, le renforcement des infrastructures sociales (écoles, centres de santé) et des mécanismes de partage des bénéfices avec les communautés affectées.

Le contexte réglementaire et institutionnel

Cadre juridique environnemental comorien

L’Union des Comores dispose d’un cadre législatif environnemental en évolution, inspiré du droit français mais adapté aux réalités locales. La loi-cadre sur l’environnement, adoptée dans les années 1990, établit le principe de l’évaluation environnementale pour les projets susceptibles d’avoir des impacts significatifs. Un décret d’application précise la liste des projets soumis à étude d’impact, incluant les carrières et les infrastructures portuaires.

Le Ministère en charge de l’environnement, dont les attributions ont varié selon les gouvernements, est responsable de l’examen et de l’approbation des études d’impact. Une commission nationale d’examen des études d’impact, incluant des représentants de différents ministères et parfois des experts de la société civile, évalue la qualité des EIES et émet un avis sur l’acceptabilité environnementale des projets.

Cependant, l’application effective de cette réglementation fait face à plusieurs défis : capacités techniques limitées des services déconcentrés, manque de moyens pour le suivi post-approbation et coordination insuffisante entre les différentes administrations impliquées.

Rôle des bailleurs internationaux

Les projets d’infrastructures portuaires aux Comores étant largement financés par des bailleurs internationaux (Banque mondiale, Banque Africaine de Développement, coopération bilatérale), les normes environnementales et sociales de ces institutions s’ajoutent aux exigences nationales. La Banque mondiale, à travers ses politiques de sauvegarde puis ses normes environnementales et sociales (NES) adoptées en 2016, impose des standards élevés en matière d’évaluation et de gestion des impacts.

Ces exigences créent parfois une dualité réglementaire où les projets financés par l’aide internationale appliquent des standards plus stricts que les projets purement nationaux. Cette situation peut être perçue comme une garantie de qualité environnementale mais aussi comme une contrainte bureaucratique ralentissant l’exécution des projets.

Le Projet de Connectivité Inter-Îles des Comores (PICMC) s’inscrivait pleinement dans ce cadre, avec des exigences détaillées en matière de consultation publique, de mécanismes de gestion des plaintes et de suivi environnemental et social.

Les défis de mise en œuvre

Contraintes techniques et économiques

La mise en œuvre effective des mesures environnementales et sociales recommandées par les EIES fait face à plusieurs contraintes. Sur le plan technique, les Comores disposent de capacités limitées en matière de surveillance environnementale, de laboratoires d’analyse et d’expertise spécialisée. Le recours à des experts internationaux, coûteux, n’est pas toujours budgétisé de manière adéquate dans les projets.

Les entreprises de BTP opérant aux Comores, souvent de petite taille ou étrangères peu familières du contexte local, ne disposent pas toujours de l’expertise environnementale nécessaire. La formation du personnel de chantier aux bonnes pratiques environnementales constitue un investissement indispensable mais rarement prioritaire dans un contexte de contraintes budgétaires.

Le coût des mesures environnementales, estimé entre 5 et 10% du coût total d’un projet d’infrastructure, peut être perçu comme une charge supplémentaire dans un pays aux ressources limitées. Cette perception ignore les coûts à long terme de la dégradation environnementale et les bénéfices économiques indirects de la préservation des écosystèmes.

Participation et acceptabilité sociale

La participation effective des communautés locales aux processus décisionnels constitue un défi majeur. Les consultations publiques, bien que prévues par la réglementation, se limitent parfois à des réunions d’information descendantes où les projets sont présentés sans véritable espace de négociation. Les barrières linguistiques (documents techniques en français face à des populations parlant principalement le comorien), le faible niveau d’alphabétisation et les rapports de pouvoir asymétriques limitent la portée de ces consultations.

Les mécanismes de gestion des plaintes, censés permettre aux communautés de signaler les problèmes environnementaux ou sociaux durant la mise en œuvre, restent souvent peu connus et peu utilisés. Le manque de confiance envers les autorités et la crainte de représailles peuvent dissuader les populations de faire remonter leurs préoccupations.

L’acceptabilité sociale des projets dépend largement de la distribution perçue des coûts et des bénéfices. Lorsque les nuisances (bruit, poussière, circulation) affectent principalement les communautés riveraines tandis que les bénéfices (amélioration de la connectivité, développement économique) profitent à l’ensemble de la population ou aux élites urbaines, des tensions peuvent émerger.

Suivi et évaluation environnementale

Dispositifs de surveillance

Les EIES prévoient généralement des programmes de suivi environnemental couvrant les phases de construction et d’exploitation. Ces programmes définissent des indicateurs à surveiller (qualité de l’air, turbidité de l’eau, niveau sonore, état de la biodiversité), les méthodes de mesure, la fréquence des relevés et les seuils d’alerte déclenchant des mesures correctives.

Pour le projet de Boingoma, le programme de suivi incluait des mesures de la qualité de l’eau marine (turbidité, oxygène dissous, nutriments) durant les travaux de dragage et de construction, des suivis acoustiques aux abords des carrières, et des inventaires biologiques pour détecter d’éventuels changements dans les communautés d’espèces. Des rapports trimestriels devaient être transmis aux autorités de tutelle et aux bailleurs.

Cependant, la mise en œuvre effective de ces programmes se heurte souvent au manque d’équipements (sondes, kits d’analyse), de personnel formé et de budgets dédiés. Le suivi environnemental est fréquemment le premier poste budgétaire réduit lorsque des économies doivent être réalisées sur un projet.

Retours d’expérience et apprentissage

Les études post-projet, évaluant l’efficacité réelle des mesures d’atténuation et comparant les impacts prédits aux impacts observés, restent rares aux Comores. Cette absence de retour d’expérience systématique limite l’apprentissage collectif et la capacité à améliorer progressivement les pratiques d’évaluation et de gestion environnementale.

Quelques initiatives universitaires, comme les mémoires sur Itsoundzou ou Itsamia, contribuent à documenter les expériences comorienne en matière d’évaluation environnementale. Ces travaux académiques, bien que précieux, touchent un public limité et sont rarement intégrés dans les processus décisionnels.

Le développement d’une culture d’évaluation et d’amélioration continue nécessiterait la création de bases de données environnementales, la publication systématique des résultats de suivi et l’organisation de forums d’échange entre porteurs de projets, autorités, experts et société civile.

Perspectives et recommandations

Renforcement des capacités nationales

L’amélioration de la qualité et de l’efficacité des évaluations d’impact environnemental aux Comores passe par un renforcement substantiel des capacités nationales. Cela inclut la formation de spécialistes comoriens en évaluation environnementale, écologie tropicale, hydrobiologie marine et sciences sociales appliquées à l’environnement. L’Université des Comores, à travers son Institut Universitaire de Technologie, pourrait développer des formations spécialisées en environnement, s’inspirant des collaborations déjà établies avec des universités de la région (Madagascar, Maurice).

Le renforcement des laboratoires et équipements de mesure environnementale est indispensable. Les analyses de qualité de l’eau, de l’air et des sols nécessitent des instruments de précision et des réactifs chimiques souvent inaccessibles ou trop coûteux aux Comores. Un programme d’investissement ciblé, cofinancé par les bailleurs de fonds, permettrait de doter les institutions nationales des capacités analytiques minimales nécessaires au suivi environnemental.

Amélioration du cadre réglementaire

Au-delà des capacités techniques, le cadre réglementaire mérite d’être renforcé. Le décret encadrant les études d’impact gagnerait à être actualisé pour intégrer les standards contemporains : consultation préalable des communautés concernées, évaluation des alternatives au projet, prise en compte des risques cumulatifs et des impacts à long terme. La création d’une base de données publique des EIES réalisées aux Comores, accessible en ligne, contribuerait à la transparence et permettrait la comparaison des pratiques entre projets.

L’introduction d’une véritable procédure d’audience publique, permettant aux populations concernées de s’exprimer formellement sur les projets qui les affectent, constituerait une avancée démocratique et améliorerait la qualité des évaluations en intégrant des savoirs locaux souvent absents des études conduites par des experts extérieurs.

Vers une culture nationale de l’évaluation environnementale

L’objectif à long terme est le développement d’une véritable culture nationale de l’évaluation environnementale, où la protection de l’environnement est perçue non comme une contrainte administrative mais comme une condition du développement durable. Cette transformation culturelle passe par l’éducation environnementale dans les écoles, la formation des décideurs politiques et économiques, et la valorisation médiatique des bonnes pratiques.

Les Comores, malgré la faiblesse de leurs ressources, disposent d’atouts réels pour relever ce défi : une biodiversité terrestre et marine exceptionnelle qui justifie des efforts de protection, une tradition culturelle de respect du milieu naturel que les savoirs écologiques locaux reflètent, et une conscience croissante au sein de la société civile des enjeux environnementaux. Transformer ces atouts en pratiques institutionnelles solides est l’enjeu des décennies à venir.

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