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Introduction

L’archipel des Comores, et plus particulièrement l’île de Mayotte — département français depuis 2011 —, présente une combinaison particulièrement préoccupante de vulnérabilités : une exposition élevée aux aléas naturels (volcanisme, séismes, tsunamis, cyclones) d’une part, et une fragilité socio-économique marquée d’autre part. La notion de « vulnérabilité socio-métabolique » permet d’articuler ces deux dimensions : la vulnérabilité d’une société face aux risques naturels n’est jamais un simple fait physique, mais résulte de la manière dont cette société produit, distribue et consomme ses ressources — son « métabolisme social ».

Comprendre la vulnérabilité de l’archipel comorien face aux risques naturels nécessite donc une approche intégrée, croisant analyse des aléas géophysiques et analyse des conditions sociales, économiques et institutionnelles qui déterminent la capacité des populations à faire face à ces aléas.

La vulnérabilité socio-métabolique de l’archipel des Comores

Les recherches sur la vulnérabilité socio-métabolique de l’archipel des Comores, publiées dans des revues d’écologie politique, analysent comment les dynamiques économiques et sociales de l’archipel créent des conditions de vulnérabilité structurelle. L’archipel des Comores, avec un PIB par habitant parmi les plus faibles du monde et une croissance démographique soutenue, présente des caractéristiques typiques des petits États insulaires en développement (PEID) : économie fragmentée, forte dépendance aux importations alimentaires et énergétiques, capacités institutionnelles limitées et infrastructure insuffisante.

Cette vulnérabilité structurelle se traduit concrètement dans la capacité d’anticipation, d’absorption et de récupération face aux chocs, qu’ils soient économiques, climatiques ou géophysiques. Un cyclone, un séisme ou une éruption volcanique peuvent avoir des conséquences bien plus dévastatrices dans une île des Comores que dans une société plus résiliente, en raison de la faiblesse des systèmes de santé, d’alerte et de protection sociale.

Les risques naturels majeurs à Mayotte

Une revue exhaustive des risques naturels à Mayotte a été publiée pour caractériser l’ensemble des aléas auxquels est exposée cette île volcanique tropicale. Mayotte est soumise à plusieurs catégories de risques naturels. Les risques géophysiques comprennent les séismes (l’île est située dans une zone de sismicité significative, comme la crise de 2018-2019 l’a rappelé dramatiquement), le volcanisme (risques liés au système volcanique actif découvert à l’est de l’île), et les mouvements de terrain (glissements de terrain sur les versants altérés des collines volcaniques).

Les risques climatiques et hydrométéorologiques incluent les cyclones tropicaux — Mayotte se situe dans la zone de passage des cyclones de l’océan Indien —, les pluies intenses génératrices d’inondations et de coulées de boue, et la sécheresse. Les risques côtiers comprennent l’érosion littorale, les submersions marines lors des cyclones et le risque tsunamique.

Le risque sismique et tsunamique

Le risque de tsunamis lié à l’activité sismique à l’est de Mayotte a fait l’objet d’études spécifiques. La crise volcano-tectonique de 2018-2019 a mis en évidence que la région était susceptible de générer des séismes de forte magnitude en mer, avec un potentiel tsunamique réel. Les modélisations réalisées pour évaluer ce risque ont permis de cartographier les zones côtières potentiellement exposées à des ondes de submersion en cas d’événement majeur.

Ces évaluations constituent un outil indispensable pour la planification de l’évacuation des populations côtières et la définition de zones de recul réglementaire. Cependant, la mise en œuvre de plans de prévention des risques à Mayotte se heurte à plusieurs difficultés : la densité du bâti dans les zones à risque (souvent construites illégalement), la relative méconnaissance des risques par une large fraction de la population (notamment les migrants récents), et les tensions entre enjeux de développement et contraintes de prévention.

Le risque volcanique lié au Karthala

Le Karthala, stratovolcan de Grande Comore culminant à 2 361 mètres, est l’un des volcans les plus actifs au monde. Ses éruptions récentes (2005, 2006, 2007) ont démontré sa capacité à perturber gravement la vie des habitants de Ngazidja, notamment par les émissions de gaz (dioxyde de soufre) polluant les sources d’eau et menaçant la santé des populations.

Les risques liés au Karthala à Mayotte sont indirects mais réels. Des éruptions majeures du Karthala pourraient générer des retombées de cendres affectant Mayotte (distante d’environ 65 km), des tsunamis liés à des effondrements de flanc, ou des perturbations des voies aériennes et maritimes régionales. Les réponses institutionnelles et sociales face aux risques liés au Karthala font l’objet de plusieurs études, qui analysent comment les populations et les institutions comoriennes gèrent l’incertitude et la récurrence des aléas volcaniques.

Réponses institutionnelles et sociales face aux aléas

La gestion des risques naturels dans l’archipel des Comores et à Mayotte implique des acteurs multiples aux ressources et aux prérogatives très différentes. D’un côté, l’État français à Mayotte dispose de l’ensemble des outils institutionnels français de gestion des risques : plans de prévention des risques, DDRM (Dossier Départemental des Risques Majeurs), SDIS (Service Départemental d’Incendie et de Secours), systèmes d’alerte. De l’autre, les trois îles comoriennes indépendantes (Grande Comore, Anjouan, Mohéli) disposent de capacités institutionnelles beaucoup plus limitées.

Les études sur les réponses sociales aux risques liés au Karthala montrent que les populations développent des stratégies d’adaptation locales, fondées sur des savoirs traditionnels et des réseaux de solidarité communautaire, qui complètent — et parfois suppléent — les dispositifs institutionnels défaillants. Ces réponses locales constituent une ressource précieuse, mais ne peuvent se substituer à une véritable politique publique de prévention des risques.

L’archipel face aux changements globaux

La vulnérabilité de l’archipel des Comores face aux risques naturels s’inscrit dans un contexte de changements globaux qui tendent à aggraver les aléas existants. Le réchauffement climatique augmente l’intensité et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes (cyclones plus puissants, sécheresses plus fréquentes), l’élévation du niveau de la mer menace les côtes basses, et les perturbations des écosystèmes marins affectent les ressources halieutiques dont dépend la sécurité alimentaire des populations.

Face à ces défis, l’adaptation est une nécessité impérieuse pour les sociétés comoriennes. Les programmes d’adaptation au changement climatique, souvent financés par des bailleurs de fonds internationaux, cherchent à renforcer les capacités de résilience des îles en agissant sur plusieurs leviers : diversification économique, protection des écosystèmes côtiers (mangroves, récifs), amélioration des systèmes d’alerte et renforcement des institutions locales.

Voir aussi

Sources

  • « Analyzing socio-metabolic vulnerability: evidence from the Comoros archipelago »
  • « Gestion institutionnelle et réponses des populations face aux crises volcaniques »
  • « Institutional and social responses to hazards related to Karthala volcano » (Part I et II)
  • « Major natural hazards in a tropical volcanic island: a review for Mayotte island »
  • « Potential tsunami hazard related to the seismic activity east of Mayotte »