Table des matières

Introduction

La santé publique aux Comores s’inscrit dans une démarche stratégique de préparation et de riposte aux menaces sanitaires globales, particulièrement face aux risques pandémiques. Cet archipel de l’océan Indien, comptant environ 800 000 habitants, a développé depuis le milieu des années 2000 des capacités de planification et de réponse sanitaire en étroite collaboration avec le système des Nations Unies. Les leçons tirées des pandémies historiques du XXe siècle et l’émergence de nouvelles menaces comme la grippe aviaire ont conduit les autorités comoriennes à élaborer des plans de préparation structurés.

La préparation aux pandémies aux Comores reflète une prise de conscience des vulnérabilités spécifiques d’un petit État insulaire en développement, où l’isolement géographique peut constituer à la fois une protection et un handicap logistique. Les expériences récentes, notamment la campagne de vaccination contre la COVID-19, ont démontré la capacité du pays à mobiliser ses ressources et à atteindre des résultats remarquables dans la mise en œuvre de programmes de santé publique d’envergure nationale.

Le partenariat avec les agences des Nations Unies constitue un pilier central de la stratégie sanitaire nationale, permettant aux Comores de bénéficier d’une expertise technique, de ressources financières et d’une coordination internationale indispensable à la gestion des crises sanitaires dans un contexte de mondialisation des risques épidémiologiques.

Plan de préparation à la pandémie de grippe aviaire

Contexte et justification

En juin 2006, l’Union des Comores a adopté un Plan de préparation et riposte à une éventuelle pandémie de grippe humaine d’origine aviaire, couvrant la période 2006-2008. Cette initiative s’inscrivait dans un contexte international marqué par l’inquiétude croissante face à la propagation du virus de la grippe aviaire en Asie, en Europe et en Afrique. Le plan rappelait que les pandémies de grippe historiques de 1918, 1957 et 1968 avaient pris le monde par surprise, laissant peu de temps aux services de santé pour organiser une riposte efficace, malgré l’existence de vaccins contre les virus pandémiques.

La préface du plan soulignait que “les conditions favorables à l’apparition d’une nouvelle pandémie se développent dans certaines régions de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique” depuis plus d’un an avant son adoption. Les changements dans l’épidémiologie de la maladie humaine et animale, ainsi que la présence géographique de plus en plus étendue du virus, créaient des possibilités accrues d’exposition humaine. Les données indiquant que le virus était devenu endémique dans les populations d’oiseaux signalaient un niveau de risque préoccupant.

Leçons des pandémies passées

Le plan de 2006 tirait explicitement les leçons des pandémies du XXe siècle. En 1918, 1957 et 1968, la riposte pour réduire la morbidité et la mortalité était certes l’action la plus importante, mais elle était arrivée trop tard pour être pleinement efficace. Ces retards avaient entraîné “une grande désorganisation sociale et économique et de nombreuses pertes de vies humaines”. Cette analyse historique justifiait l’approche proactive adoptée par les Comores, privilégiant l’anticipation plutôt que la réaction dans la gestion des menaces pandémiques.

La reconnaissance que “l’on ne peut prédire ni le moment ni la gravité de la prochaine pandémie” constituait un élément central de la philosophie du plan, imposant une préparation tous azimuts indépendamment de l’imminence perçue de la menace.

Campagne de vaccination des adolescents contre la COVID-19

Performance exceptionnelle

La vaccination des adolescents contre la COVID-19 aux Comores représente un succès remarquable en matière de santé publique. Selon François Batalingaya, Coordonnateur résident du système des Nations Unies aux Comores, 98,6% des jeunes âgés de 12 à 17 ans ont été vaccinés contre la COVID-19, une “performance record” saluée dans le bulletin Ylang Info de juin-juillet 2022. Ce taux de couverture vaccinale exceptionnel place les Comores parmi les pays les plus performants au monde dans cette tranche d’âge.

Stratégie de mobilisation par les pairs

L’une des clés du succès de cette campagne résidait dans l’approche innovante de “mobilisation des jeunes par les jeunes pour la vaccination des adolescents”, documentée dans le bulletin Ylang Info d’avril-mai 2022. Cette stratégie participative a permis de surmonter les réticences potentielles et de créer une dynamique positive autour de la vaccination, en s’appuyant sur l’influence des pairs et la communication horizontale au sein de la population adolescente. Cette méthode témoignait d’une compréhension fine des mécanismes socioculturels propres aux Comores et de l’importance de la cohésion sociale dans la réussite des programmes de santé publique.

Bulletin Ylang Info et communication sanitaire

Un outil de communication stratégique

Le bulletin Ylang Info constitue l’outil principal de communication du Système des Nations Unies en Union des Comores. Publié mensuellement depuis au moins 2022, ce bulletin tire son nom de la fleur d’ylang-ylang, symbole culturel et économique de l’archipel. Chaque édition rappelle que si les Comores sont connues comme “les îles aux parfums”, la fleur d’ylang-ylang n’y est pas pour rien, cette fleur à la senteur embaumante ayant longtemps constitué une source de revenus pour une partie de la population, particulièrement les femmes, et un des principaux produits d’exportation du pays.

Le choix de ce nom constitue un “hommage au patrimoine culturel comorien, et en subtil rappel du lien harmonieux” que l’homme doit maintenir avec la nature, établissant ainsi un pont entre les enjeux de santé publique et les valeurs culturelles locales. Cette approche favorise l’appropriation locale des messages sanitaires et renforce l’ancrage communautaire des programmes de santé.

Diffusion des informations sanitaires

Le bulletin Ylang Info assure la diffusion régulière d’informations sur les programmes de santé, les résultats des campagnes de vaccination, les initiatives en matière de lutte contre les maladies et les partenariats pour le développement sanitaire. Les éditions couvrent des sujets variés allant de la vaccination contre la COVID-19 aux cliniques mobiles pour les zones reculées, en passant par les programmes de lutte contre les violences basées sur le genre et leurs dimensions sanitaires.

Programmes de santé des Nations Unies

Cadre de coopération et coordination

La coopération entre l’Union des Comores et le système des Nations Unies en matière de santé s’articule autour de cadres pluriannuels de programmation. Le rapport annuel 2021 du système des Nations Unies aux Comores, mentionné dans le bulletin d’avril-mai 2022, présentait les résultats de la dernière année de mise en œuvre de l’UNDAF (Cadre des Nations Unies pour l’aide au développement). Cette architecture institutionnelle permet une planification à moyen terme et une coordination efficace des interventions sanitaires.

François Batalingaya qualifiait l’année 2022 de “nouvelle ère de coopération pour le développement”, marquant une évolution dans les modalités de partenariat entre les Comores et les agences onusiennes. Les plans de travail annuels 2022 traduisaient cette ambition renouvelée en objectifs opérationnels concrets.

Interventions multisectorielles

Les programmes de santé des Nations Unies aux Comores dépassent la simple dimension médicale pour adopter une approche multisectorielle. Le Plan d’Action National Multisectoriel de lutte contre la Résistance aux antimicrobiens 2022-2026, validé techniquement entre le 14 et le 20 juillet 2022 puis politiquement le 26 juillet 2022, illustre cette dimension transversale. Ce plan témoigne de la prise en compte des enjeux de santé globale émergents, dont la résistance aux antimicrobiens constitue une menace majeure reconnue par l’Organisation mondiale de la Santé.

Les initiatives sanitaires s’inscrivent également dans une perspective de développement durable, comme l’attestent les préparatifs pour le deuxième Examen National Volontaire des Comores sur les Objectifs de développement durable, évoqué dans le bulletin d’avril-mai 2023. L’objectif 3 des ODD (santé et bien-être) constitue un cadre de référence pour les politiques sanitaires nationales.

Équité et justice sociale

La dimension d’équité sociale traverse les programmes de santé soutenus par les Nations Unies. Dans une tribune du bulletin d’avril-mai 2023, le Dr. Coffi Agossou affirmait qu‘“il est temps de prioriser la justice sociale”, soulignant que l’accès aux soins et la protection sanitaire ne peuvent être dissociés des questions de justice et d’inclusion sociale. Cette approche se concrétise notamment par des programmes comme les cliniques mobiles, mentionnées dans le bulletin de janvier-février 2023, qui visent à “mobiliser le secteur privé pour sauver des vies dans les zones reculées”, réduisant ainsi les inégalités géographiques d’accès aux services de santé.

Le bulletin de janvier-février 2023 présentait également des “leçons pour le monde des ‘îles de la lune’”, suggérant que l’expérience comorienne en matière de santé publique offrait des enseignements transposables à d’autres contextes, notamment pour les petits États insulaires en développement confrontés à des défis similaires.

Défis et perspectives

Vulnérabilités spécifiques

L’archipel des Comores fait face à des vulnérabilités spécifiques en matière de santé publique. L’insularité, tout en offrant une certaine protection naturelle contre certaines épidémies, complique la logistique sanitaire et l’acheminement de médicaments et de vaccins. La dispersion géographique de la population sur trois îles principales (Grande Comore, Anjouan et Mohéli) impose des stratégies différenciées d’intervention et justifie des initiatives comme les cliniques mobiles.

Le contexte socio-économique, caractérisé par des ressources limitées, exige une optimisation maximale des moyens disponibles et une dépendance importante à l’égard de la coopération internationale. Les programmes de santé doivent s’adapter aux réalités culturelles locales, comme l’illustre le recours à la mobilisation communautaire et par les pairs dans les campagnes de vaccination.

Renforcement des capacités

Le renforcement des capacités nationales de préparation et de réponse aux urgences sanitaires demeure une priorité. Les plans successifs de préparation aux pandémies, du plan grippe aviaire de 2006 aux dispositifs COVID-19 des années 2020, témoignent d’un processus d’apprentissage institutionnel progressif. L’adoption du Plan d’Action National Multisectoriel de lutte contre la Résistance aux antimicrobiens 2022-2026 élargit le spectre des menaces sanitaires prises en compte et renforce l’approche “Une seule santé” (One Health) intégrant santé humaine, animale et environnementale.

La coordination entre acteurs nationaux et internationaux, le développement de systèmes d’information sanitaire performants et la formation des personnels de santé constituent des axes majeurs de consolidation des acquis.

Intégration dans les objectifs de développement

L’intégration des enjeux de santé publique dans la stratégie globale de développement durable du pays, notamment à travers les Examens Nationaux Volontaires des ODD, garantit une cohérence entre politiques sanitaires et autres secteurs (éducation, environnement, protection sociale). Cette approche holistique reconnaît que la santé constitue à la fois un objectif en soi et un déterminant fondamental du développement humain et économique.

Voir aussi

Sources

  • Plan de préparation et riposte à une éventuelle pandémie de grippe humaine d’origine aviaire 2006-2008, Union des Comores (2006)
  • Bulletin Ylang Info n°8, Système des Nations Unies en Union des Comores (avril-mai 2023)
  • Bulletin Ylang Info, Système des Nations Unies en Union des Comores (juin-juillet 2022)
  • Bulletin Ylang Info, Système des Nations Unies en Union des Comores (avril-mai 2022)
  • Bulletin Ylang Info, Système des Nations Unies en Union des Comores (janvier-février 2023)
  • Plan d’Action National Multisectoriel de lutte contre la Résistance aux antimicrobiens en Union des Comores 2022-2026 (2022)