Table des matières

Introduction

Entre 2007 et 2020, l’Union des Comores a élaboré plusieurs plans sectoriels stratégiques visant à structurer et améliorer ses systèmes de santé et d’éducation. Ces instruments de planification pluriannuelle, souvent développés avec l’appui technique et financier de partenaires internationaux, reflètent la volonté des autorités comoriennes de relever les défis majeurs du développement humain dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires importantes et des besoins sociaux pressants.

Dans le secteur de la santé, l’Union des Comores a adopté des Plans Pluriannuels Complets (PPC) couvrant successivement les périodes 2007-2011 et 2014-2019, avec un accent particulier sur la vaccination et la santé materno-infantile. Parallèlement, le secteur éducatif a connu l’élaboration d’un Plan de Transition du Secteur de l’Éducation (PTSE) pour la période 2017/18-2019/20, destiné à réformer un système confronté à de profondes difficultés structurelles. Ces plans s’inscrivent dans le cadre plus large des Objectifs du Millénaire pour le Développement et traduisent l’engagement des Comores envers les standards internationaux en matière de développement social.

L’analyse de ces plans sectoriels offre un éclairage précieux sur les priorités gouvernementales, les stratégies de mise en œuvre, les mécanismes de financement et les défis persistants auxquels fait face l’archipel dans sa quête d’un développement humain durable et équitable.

Le Plan Pluriannuel Complet de santé (2007-2011)

Le premier Plan Pluriannuel Complet (Complete Multi-Year Plan - cMYP) pour le secteur de la santé a été élaboré en avril 2008 pour couvrir la période 2007-2011. Ce document stratégique, placé sous la responsabilité du Vice-président en charge du Ministère de la Santé, de la Protection Sociale et de l’Égalité des Genres, constituait un instrument de planification détaillé destiné à organiser les interventions sanitaires prioritaires.

Le plan accordait une place centrale au Programme Élargi de Vaccination (PEV), coordonné par un Comité National de Coordination (CNPEV). Les priorités vaccinales incluaient la prévention de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche (DTC), de l’hépatite B (HepB), et de l’Haemophilus influenzae de type b (Hib), ainsi que le maintien de la vaccination par le BCG (Bacille de Calmette-Guérin). L’organisation territoriale s’appuyait sur les Districts Sanitaires (DS) et les Centres de Santé de District (CSD), qui constituaient l’ossature du système de santé décentralisé.

Ce plan quinquennal s’inscrivait dans la stratégie “Atteindre Chaque District” (ACD) et s’alignait sur la Vision et Stratégies Mondiales pour la Vaccination (Global Immunization Vision and Strategies - GIVS). Il bénéficiait du soutien de l’Alliance Mondiale pour les Vaccins et la Vaccination (GAVI), partenariat international créé pour améliorer l’accès à la vaccination dans les pays à faibles revenus.

Le Plan Pluriannuel Complet de santé (2014-2019)

Une version révisée du Plan Pluriannuel Complet a été adoptée en février 2014, couvrant la période 2014-2019. Élaboré sous l’égide de la Vice-présidence en charge du Ministère de la Santé, de la Solidarité, de la Cohésion Sociale et de la Promotion du Genre, ce document actualisait et prolongeait les orientations stratégiques du plan précédent en tenant compte des évolutions épidémiologiques et institutionnelles.

Le plan 2014-2019 s’articulait autour de plusieurs piliers : le renforcement du Programme Élargi de Vaccination, l’amélioration de la surveillance épidémiologique notamment pour la poliomyélite (avec un Comité National d’Expertise - CNEP et un Comité National de Certification - CNC), et le développement des services de santé maternelle et infantile, en particulier les Consultations Prénatales (CPN). La stratégie des Journées Nationales de Vaccination (JNV) demeurait un instrument clé pour atteindre des taux de couverture élevés.

Le financement de ce plan reposait sur une combinaison de ressources : le Budget de l’État (BE), le Budget National (BN) avec son composante santé (BS), et les contributions de partenaires internationaux comme l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), GAVI, le Fonds Monétaire International (FMI) et le Programme Alimentaire Mondial (PAM). La gestion pharmaceutique s’appuyait sur la Centrale d’Achat des Médicaments de l’Union des Comores (CAMUC), tandis qu’un Comité de Coordination Inter Agence (CCIA) assurait la coordination entre les différents acteurs.

Le plan intégrait également des préoccupations relatives au Système National d’Information Sanitaire (SNIS), au Système d’Information pour le Management Routinier (SIMR), et à la surveillance des Manifestations Adverses Post-Immunisation (MAPI). Une attention particulière était accordée à la formation du personnel médical, notamment par l’intermédiaire de l’École de Médecine et de Santé Publique (EMSP), et au renforcement des capacités de gestion de niveau intermédiaire (Medium Level Management - MLM).

Le Plan de Transition du Secteur de l’Éducation (2017-2020)

Face aux défis structurels du système éducatif comorien, le gouvernement a élaboré un Plan de Transition du Secteur de l’Éducation (PTSE) couvrant la période 2017/18-2019/20. Ce document stratégique, finalisé dans sa version 7 le 29 juillet 2017, résultait d’une collaboration entre le Ministère de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement et de la Recherche et le Ministère de la Jeunesse, des Sports, de l’Emploi, de l’Insertion Professionnelle, des Arts et de la Culture.

Le PTSE s’inscrivait dans un contexte politique, démographique et macro-économique particulièrement contraignant. Le diagnostic sectoriel révélait des défis majeurs : faible taux de scolarisation, infrastructures insuffisantes, qualité pédagogique limitée, et ressources humaines et financières inadéquates. Ce plan “de transition” reconnaissait explicitement qu’il ne pouvait constituer qu’une étape vers une réforme plus ambitieuse, permettant de stabiliser le système et de poser les bases d’une transformation plus profonde.

Les priorités du PTSE incluaient l’amélioration de l’accès à l’éducation primaire, le renforcement de la qualité de l’enseignement, la formation des enseignants, et le développement des capacités de gestion du système éducatif. Le plan accordait également une attention à l’enseignement secondaire, à la formation professionnelle, et aux questions transversales comme l’équité de genre et l’éducation en zones rurales.

Le Projet de Transition de l’Éducation de l’Union des Comores (PTEUC)

Pour financer la mise en œuvre du PTSE, le gouvernement comorien a soumis au Partenariat Mondial pour l’Éducation (PME) une demande de financement sous forme de don de 2,3 millions de dollars américains. Le Projet de Transition de l’Éducation de l’Union des Comores (PTEUC), présenté le 6 février 2018, concentrait ses interventions sur l’enseignement primaire, considéré comme prioritaire.

Ce projet visait spécifiquement à améliorer les taux de scolarisation au primaire, à réduire les disparités géographiques et de genre, à renforcer les compétences des enseignants, et à améliorer l’environnement d’apprentissage à travers la réhabilitation et la construction d’infrastructures scolaires. Le PTEUC prévoyait également des interventions pour renforcer les capacités de planification et de gestion du Ministère de l’Éducation.

Le Partenariat Mondial pour l’Éducation, mécanisme de financement multilatéral créé pour soutenir les pays en développement dans l’amélioration de leurs systèmes éducatifs, imposait des conditions strictes en matière de planification sectorielle, de transparence financière et de suivi-évaluation. Le financement du PTEUC constituait ainsi non seulement un apport financier crucial, mais également un levier pour introduire des réformes dans la gouvernance du secteur éducatif comorien.

Le rôle de l’équipe-pays des Nations Unies

L’équipe-pays des Nations Unies aux Comores a joué un rôle central dans l’accompagnement des plans sectoriels santé et éducation. Le Rapport Annuel 2020 de l’équipe-pays, basée à la Maison des Nations Unies à Hamramba, Moroni, documente les résultats du Plan-Cadre des Nations Unies pour l’Aide au Développement (PNUAD) dans plusieurs domaines prioritaires.

L’Effet 2 du PNUAD, intitulé “Santé, Éducation, Eau, Hygiène et Assainissement”, regroupait les interventions des agences onusiennes dans ces secteurs cruciaux. Les Nations Unies ont apporté une assistance technique pour l’élaboration des plans sectoriels, le renforcement des capacités institutionnelles, et la mobilisation de financements internationaux. Le principe “Unis dans l’Action” (Delivering as One) guidait la coordination entre les différentes agences présentes aux Comores, favorisant la cohérence et l’efficacité des interventions.

Le rapport 2020 souligne plusieurs succès et leçons apprises dans la mise en œuvre des programmes sectoriels. Il identifie également des défis persistants : faiblesse des capacités de gestion, contraintes budgétaires chroniques, difficultés de coordination entre partenaires, et vulnérabilité aux chocs externes, notamment les crises sanitaires et climatiques. Les recommandations formulées insistent sur la nécessité d’améliorer la collecte de données statistiques, de renforcer la décentralisation des services, et d’accroître la mobilisation des ressources domestiques.

Défis transversaux et perspectives

Les plans sectoriels santé et éducation élaborés entre 2007 et 2020 ont révélé plusieurs défis transversaux qui limitent l’efficacité des interventions publiques aux Comores. Le premier concerne la faiblesse des capacités statistiques : l’absence de données fiables et actualisées complique la planification, le suivi et l’évaluation des programmes. Les efforts pour améliorer le Système National d’Information Sanitaire et développer des capacités statistiques plus larges, notamment à travers le Projet d’Investissement de Soutien aux Capacités Statistiques de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (P175731), répondent partiellement à cette lacune.

Le deuxième défi majeur concerne le financement. La dépendance vis-à-vis de l’aide internationale reste très élevée, tandis que les ressources domestiques demeurent limitées en raison d’une assiette fiscale étroite et d’un Produit Intérieur Brut (PIB) modeste. Cette situation crée une vulnérabilité structurelle et compromet la durabilité des programmes sectoriels une fois les financements externes épuisés.

Le troisième défi porte sur les ressources humaines. Dans le secteur de la santé comme dans l’éducation, le manque de personnel qualifié, la faiblesse des mécanismes de formation continue, et les difficultés de rétention des compétences limitent considérablement la qualité des services. Les Plans de Mobilisation des Parties Prenantes et les Procédures de Gestion de la Main d’Œuvre élaborés pour divers projets témoignent d’une prise de conscience de ces enjeux, mais les solutions restent partielles.

Enfin, la coordination entre les différents acteurs (ministères, partenaires techniques et financiers, organisations non gouvernementales, collectivités locales) demeure un défi récurrent. Malgré l’existence de mécanismes de coordination comme les comités inter-agences, la fragmentation des interventions et les duplications persistent.

Articulation avec les objectifs internationaux

Les plans sectoriels santé et éducation des Comores s’inscrivent dans le cadre plus large des engagements internationaux du pays. Le Rapport National 2005 sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement établissait déjà les liens entre les priorités nationales et les huit objectifs adoptés par la communauté internationale en 2000. L’OMD 2 (assurer l’éducation primaire pour tous), l’OMD 4 (réduire la mortalité infantile), l’OMD 5 (améliorer la santé maternelle), et l’OMD 6 (combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies) constituaient des références explicites pour les plans sectoriels.

Après 2015, avec l’adoption des Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 3 (bonne santé et bien-être) et l’ODD 4 (éducation de qualité), les Comores ont continué d’aligner leurs stratégies sectorielles sur les normes et cibles internationales. Cette articulation facilite la mobilisation de financements et d’expertises auprès des partenaires internationaux, mais elle pose également la question de l’appropriation nationale et de l’adaptation des standards globaux aux réalités locales.

Les Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) élaborés par les autorités comoriennes intégraient les dimensions santé et éducation comme piliers essentiels de la lutte contre la pauvreté. Cette approche holistique reconnaît que les progrès dans ces domaines ne peuvent être dissociés des questions plus larges de croissance économique, de gouvernance, de résilience climatique, et de cohésion sociale.

Bilan et enseignements

L’examen des plans sectoriels santé et éducation entre 2007 et 2020 révèle des avancées notables mais aussi des limites persistantes. Dans le secteur de la santé, les taux de couverture vaccinale se sont améliorés grâce aux campagnes intensives et au soutien de GAVI, contribuant à la réduction de la mortalité infantile. Le système de surveillance épidémiologique s’est renforcé, permettant une meilleure détection des épidémies. Toutefois, la qualité générale des services de santé reste insuffisante, les inégalités territoriales demeurent importantes, et l’accès aux soins spécialisés reste très limité.

Dans le secteur éducatif, le PTSE et le PTEUC ont permis de mobiliser des ressources pour la réhabilitation d’infrastructures scolaires et la formation d’enseignants. Les taux de scolarisation au primaire ont progressé, notamment pour les filles. Néanmoins, la qualité des apprentissages reste préoccupante, le taux d’achèvement du cycle primaire demeure faible, et les disparités entre zones urbaines et rurales, ainsi qu’entre les îles, persistent.

Un enseignement majeur de cette période est que l’existence de plans sectoriels bien conçus ne suffit pas à garantir leur mise en œuvre effective. Les facteurs institutionnels (capacités administratives, gouvernance, coordination), financiers (mobilisation et prévisibilité des ressources), et contextuels (stabilité politique, chocs externes) jouent un rôle déterminant dans la traduction des intentions stratégiques en résultats tangibles sur le terrain.

Conclusion

Les plans sectoriels santé et éducation élaborés aux Comores entre 2007 et 2020 constituent des instruments essentiels de la politique publique dans ces domaines cruciaux pour le développement humain. Ils témoignent de la volonté des autorités comoriennes, avec l’appui de partenaires internationaux comme les Nations Unies, l’OMS, GAVI et le Partenariat Mondial pour l’Éducation, de structurer les interventions selon une approche planifiée, fondée sur des diagnostics et des priorités clairement identifiées.

Ces plans ont permis des avancées concrètes, notamment dans la vaccination, la réduction de la mortalité infantile, et l’amélioration de l’accès à l’éducation primaire. Ils ont également contribué à renforcer les capacités institutionnelles et à introduire des mécanismes de suivi-évaluation, même si ceux-ci restent perfectibles.

Toutefois, les défis demeurent considérables : ressources financières limitées, capacités humaines insuffisantes, inégalités territoriales et sociales persistantes, vulnérabilité aux chocs externes. La transition vers les Objectifs de Développement Durable, qui exigent des ambitions plus élevées et une approche plus intégrée, pose la question de la capacité des Comores à intensifier ses efforts dans un contexte de contraintes multiples. Les perspectives pour l’après-2020 dépendront de la capacité du pays à mobiliser davantage de ressources domestiques, à améliorer la gouvernance sectorielle, à renforcer la coordination entre acteurs, et à adapter les stratégies aux réalités locales tout en maintenant l’alignement avec les standards internationaux.

Voir aussi

Sources

  • Plan Pluriannuel Complet de Santé 2007-2011, Union des Comores (2008)
  • Plan Pluriannuel Complet de Santé 2014-2019 (version révisée), Union des Comores (2014)
  • Plan de Transition du Secteur de l’Éducation (PTSE) 2017/18-2019/20, Ministère de l’Éducation Nationale (2017)
  • Projet de Transition de l’Éducation de l’Union des Comores (PTEUC), Ministère de l’Éducation Nationale (2018)
  • Rapport Annuel de l’Équipe-Pays des Nations Unies aux Comores 2020, Bureau du Coordonnateur résident (2020)
  • Objectifs du Millénaire pour le Développement - Rapport National 2005, Union des Comores (2005)