Archéologie islamique et premières mosquées
Table des matières
- Introduction
- Le site de Dembéni : un centre majeur de l’Islam médiéval
- La mosquée de Ntsaouéni : le plus ancien lieu de culte musulman d’Afrique orientale
- Le site d’Acoua à Mayotte
- Les traditions orales et les chroniques sur l’islamisation
- Les céramiques et la culture matérielle islamique
Introduction
L’archéologie islamique aux Comores révèle une histoire millénaire de contacts commerciaux et culturels entre l’archipel et le monde musulman médiéval. Les recherches archéologiques menées depuis les années 1970 ont mis au jour des vestiges matériels témoignant d’une islamisation précoce et d’une intégration active de l’archipel dans les réseaux commerciaux de l’océan Indien occidental. Ces découvertes, concentrées principalement sur les sites de Dembéni à Mayotte, de Ntsaouéni en Grande Comore et d’Acoua à Mayotte, ont transformé la compréhension du rôle des Comores dans la civilisation swahilie et dans le commerce international entre le VIIe et le XIIe siècle.
Les fouilles archéologiques ont permis de corroborer, nuancer ou parfois contredire les traditions orales et les chroniques locales concernant l’introduction de l’islam dans l’archipel. Elles révèlent notamment l’existence d’un commerce lucratif de cristal de roche avec les califats abbassides et fatimides, faisant des Comores un maillon essentiel dans les échanges entre l’Afrique orientale, le Moyen-Orient et l’Asie. Cette position géographique stratégique a contribué à l’émergence de communautés musulmanes prospères dès la période médiévale, dont les mosquées constituent les témoins architecturaux les plus remarquables.
L’étude de ces vestiges islamiques anciens s’inscrit dans le cadre plus large de l’archéologie swahilie, cette culture composite caractéristique de la côte est-africaine et des îles de l’océan Indien occidental, marquée par la synthèse d’influences africaines, arabes, perses et austronésiennes.
Le site de Dembéni : un centre majeur de l’Islam médiéval
Un établissement swahili précoce et prospère
Le site de Dembéni, situé sur l’île de Mayotte dans l’archipel des Comores, constitue l’un des établissements swahilis les plus importants d’Afrique orientale durant la période islamique ancienne. Selon les recherches de Stéphane Pradines, Dembéni était « l’un des sites archéologiques les plus vastes et les plus riches d’Afrique orientale durant la période islamique ancienne », connaissant son apogée entre le IXe et le XIIe siècle. Cette période correspond à l’âge d’or des califats abbassides et fatimides, avec lesquels le site entretenait des relations commerciales directes.
Les fouilles archéologiques menées sur le site ont révélé une occupation dense et une prospérité économique exceptionnelle pour la région. Le site s’étendait sur une superficie considérable et présentait des structures architecturales caractéristiques de la civilisation swahilie, combinant techniques de construction locales et influences moyen-orientales. L’importance de Dembéni dans le réseau commercial de l’océan Indien est attestée par la diversité et la qualité du matériel archéologique découvert, notamment les céramiques d’importation et les objets de prestige.
La position de Mayotte dans l’archipel des Comores, à la limite entre les mondes africain et austronésien, conférait à Dembéni un rôle stratégique dans les échanges maritimes. Cette situation géographique explique en partie la prospérité du site et son intégration précoce dans les circuits commerciaux musulmans qui structuraient l’océan Indien occidental à l’époque médiévale.
Le commerce du cristal de roche avec les califats
L’une des découvertes archéologiques les plus remarquables à Dembéni concerne le commerce du cristal de roche, une ressource minérale particulièrement prisée dans le monde musulman médiéval. Stéphane Pradines a mis en évidence l’existence d’un commerce actif de cristal de roche entre les Comores et les califats abbassides et fatimides. Ce commerce s’inscrivait dans un réseau commercial plus vaste reliant l’Afrique orientale au Moyen-Orient et au-delà.
Le cristal de roche, extrait localement ou obtenu depuis Madagascar et la côte africaine, était transformé et exporté vers les cours califales où il servait à la fabrication d’objets de prestige : coupes, flacons, bijoux et objets rituels. Ce minéral transparent était particulièrement apprécié pour ses qualités esthétiques et symboliques dans la culture islamique médiévale. Les artisans swahilis de Dembéni participaient probablement au travail préliminaire de ces matériaux avant leur exportation.
Les vestiges archéologiques témoignent de l’ampleur de ce commerce : des fragments de cristal de roche, des outils de taille et des déchets de production ont été identifiés sur le site. Ce commerce lucratif contribuait à enrichir les élites locales et à renforcer les liens entre les Comores et les centres du pouvoir musulman au Moyen-Orient. Il illustre également le rôle actif des communautés swahilies dans l’économie globale de l’océan Indien médiéval, loin de l’image d’une périphérie passive.
Intégration dans les réseaux swahilis
Dembéni s’inscrivait pleinement dans la civilisation swahilie, cette culture maritime caractéristique de la côte est-africaine et des îles adjacentes. Comme le soulignent les recherches archéologiques, « culturellement, les Comores font partie du monde swahili ». Le terme « swahili » ne désigne pas une population homogène, mais « une culture mosaïque composée de plusieurs » influences : africaines, arabes, perses et austronésiennes.
Cette appartenance se manifeste dans l’architecture, la culture matérielle, les pratiques religieuses et les réseaux commerciaux. Le site de Dembéni partageait avec les cités swahilies de la côte est-africaine (Kilwa, Gedi, Mombasa) des caractéristiques communes : constructions en pierre de corail, adoption de l’islam sunnite, participation active au commerce de l’océan Indien, utilisation de céramiques importées du monde musulman et de Chine, et développement d’une élite urbaine cosmopolite.
Les recherches archéologiques menées par Stéphane Pradines après ses travaux sur les sites de Gedi au Kenya (1999-2003) et de Songo Mnara et Sanjé ya Kati en Tanzanie (2004-2006) permettent de positionner Dembéni dans ce contexte régional. Le site comorien apparaît comme un maillon périphérique mais dynamique de la civilisation swahilie, bénéficiant de sa position insulaire pour développer des spécialisations commerciales propres, notamment dans le commerce du cristal de roche.
La mosquée de Ntsaouéni : le plus ancien lieu de culte musulman d’Afrique orientale
Les fouilles archéologiques de 2010
En 2010, des fouilles archéologiques d’une importance capitale ont été menées à Ntsaouéni, sur la côte nord-occidentale de l’île de Ngazidja (Grande Comore). Ces excavations, dirigées par Ibrahim Moustakim dans le cadre de son mémoire de master à l’université de Dar es-Salaam, sous la supervision du professeur Felix Chami, visaient à examiner scientifiquement les traditions orales concernant l’ancienneté exceptionnelle de la mosquée locale.
Les fouilles ont révélé une structure d’une complexité et d’une ancienneté remarquables. Selon le rapport de recherche, « la nature intricate des excavations » nécessitait « une expertise professionnelle », d’où l’intervention du professeur Chami. Le site présentait des caractéristiques architecturales inhabituelles pour la région et une stratigraphie complexe témoignant de multiples phases d’occupation et de reconstruction.
La méthodologie employée combinait techniques archéologiques modernes et prise en compte des traditions orales locales. Cette approche interdisciplinaire permit de mettre en perspective les récits traditionnels et les données matérielles, révélant à la fois leur concordance partielle et leurs divergences. Les fouilles ont ainsi documenté les premières phases de construction de l’édifice, ses extensions successives et les pratiques rituelles associées à travers les siècles.
La tradition orale de Mtswa Mwindza
Les traditions orales de Ntsaouéni et d’autres régions des Comores attribuent la construction de cette mosquée à Mtswa Mwindza, un roi local du VIIe siècle. Selon ces récits, Mtswa Mwindza aurait voyagé jusqu’à La Mecque où il aurait rencontré le prophète Mohammed lui-même, avant de ramener l’islam aux Comores. Cette tradition fait de la mosquée de Ntsaouéni non seulement la plus ancienne des Comores, mais potentiellement l’un des plus anciens lieux de culte musulman d’Afrique subsaharienne.
Comme le rapporte l’étude archéologique, « le problème du travail était d’examiner la tradition orale qui existe dans la ville de pierre de Ntsaouéni, et dans d’autres parties des Comores, selon laquelle la plus ancienne mosquée connue à Ntsaouéni a été construite par un certain Mtswa Mwindza, un roi local du VIIe siècle qui, lors d’un voyage à La Mecque, aurait rencontré le prophète Mohammed et ensuite apporté l’islam aux îles ».
Cette tradition, transmise de génération en génération, occupe une place centrale dans l’identité religieuse et historique des Comoriens. Elle témoigne d’une volonté de rattacher directement l’islamisation de l’archipel à l’époque du Prophète, conférant ainsi une légitimité et une ancienneté exceptionnelles à l’islam comorien. Toutefois, cette chronologie pose problème d’un point de vue historique, puisque le Prophète Mohammed est décédé en 632, et que les premières expansions musulmanes vers l’Afrique orientale sont généralement datées du VIIIe siècle au plus tôt.
Résultats et implications chronologiques
Les fouilles archéologiques ont permis d’établir une chronologie plus précise, tout en reconnaissant l’ancienneté remarquable du site. Selon les conclusions de la recherche, « il a maintenant été établi que le peuple des Comores a une histoire remontant à l’âge de pierre, et que l’un de leurs ancêtres s’est rendu à La Mecque pour rencontrer le prophète Mohammed et qu’il a ensuite apporté l’islam aux îles ».
Cette formulation nuancée reconnaît à la fois la validité partielle de la tradition orale et la nécessité d’une révision chronologique. Les données archéologiques suggèrent une islamisation précoce des Comores, probablement entre le VIIIe et le IXe siècle, faisant de la mosquée de Ntsaouéni l’un des plus anciens édifices religieux musulmans d’Afrique orientale, même si une datation au VIIe siècle reste difficile à confirmer matériellement.
L’importance de cette découverte dépasse le cadre local : elle contribue à la réévaluation de la chronologie de l’islamisation de l’Afrique orientale et de l’océan Indien occidental. Elle démontre que les Comores n’étaient pas une périphérie tardive du monde musulman, mais un territoire précocement intégré dans les réseaux de diffusion de l’islam. Cette précocité s’explique par la position stratégique de l’archipel sur les routes maritimes reliant le Moyen-Orient à l’Afrique orientale et à Madagascar.
Le site d’Acoua à Mayotte
Contexte archéologique du site
Le site d’Acoua, situé sur l’île de Mayotte, constitue un autre témoin majeur de l’archéologie islamique comorienne. Bien que moins documenté dans les sources disponibles que Dembéni ou Ntsaouéni, Acoua représente un établissement swahili significatif qui participe à la compréhension globale du peuplement musulman de l’archipel. Le site se distingue par sa position géographique et son rôle probable dans les réseaux commerciaux locaux et régionaux.
Les vestiges d’Acoua s’inscrivent dans le contexte plus large de l’occupation swahilie de Mayotte, île orientale de l’archipel qui constitue un pont entre les Comores proprement dites et Madagascar. Cette position intermédiaire conférait aux établissements mahorais un rôle particulier dans les échanges entre les différentes composantes du monde swahili occidental.
Les recherches archéologiques à Mayotte, incluant Acoua, ont bénéficié des travaux préliminaires menés par Henry Wright et Susan Kus, qui ont établi une première chronologie d’occupation de l’île. Ces travaux ont démontré l’existence d’établissements humains pré-islamiques, sur lesquels se sont développées les communautés musulmanes à partir du premier millénaire de notre ère.
Relations avec les autres sites comoriens
Acoua entretenait des relations étroites avec les autres sites islamiques de l’archipel, notamment Dembéni, situé également à Mayotte, et les établissements des autres îles. Ces connexions s’inscrivaient dans un réseau d’échanges intra-insulaires qui complétait les relations commerciales internationales. Les navigations entre les îles de l’archipel, facilitées par la proximité géographique et les vents de mousson, permettaient une circulation régulière des personnes, des biens et des idées.
La culture matérielle d’Acoua, comme celle des autres sites swahilis comoriens, témoigne d’une double orientation : vers l’intérieur de l’archipel et vers l’extérieur, vers les réseaux commerciaux de l’océan Indien. Cette double appartenance caractérise la civilisation swahilie dans son ensemble, où les communautés côtières et insulaires servaient d’intermédiaires entre l’arrière-pays africain ou insulaire et les mondes musulmans d’outre-mer.
Les mosquées et autres structures islamiques découvertes sur différents sites comoriens présentent des similitudes architecturales et stylistiques qui témoignent d’une tradition constructive commune, tout en révélant des particularités locales. Cette unité dans la diversité reflète l’appartenance des Comores à un même ensemble culturel swahili, tout en reconnaissant les spécificités de chaque établissement.
Les traditions orales et les chroniques sur l’islamisation
Les récits de conversion et leur valeur historique
Les traditions orales comoriennes sur l’introduction de l’islam constituent un corpus riche et complexe, analysé notamment par l’anthropologue Pierre Vérin. Ces récits, transmis de génération en génération, mêlent éléments historiques et dimensions mythiques, reflétant la manière dont les communautés comoriennes conçoivent leur passé et leur identité musulmane. Vérin a notamment étudié comment ces traditions orales permettent de comprendre les processus d’islamisation et de construction identitaire.
Selon ces traditions, l’islam aurait été introduit aux Comores par des voyageurs locaux ayant atteint La Mecque, ou par des migrants arabes et persans venus s’établir dans l’archipel. Ces récits soulignent systématiquement l’ancienneté de l’islam comorien et sa connexion directe avec les centres spirituels du monde musulman. La majorité des Comoriens, comme le note Ibrahim Moustakim, « se conçoivent et se considèrent comme descendants de Persans (Shirazi) », tandis que « certains pensent qu’ils sont la descendance de migrants arabes et de marchands marins du Moyen-Orient venus s’installer sur la côte d’Afrique orientale depuis la période islamique ancienne ».
Ces récits révèlent une tension entre deux conceptions de l’identité comorienne : une identité autochtone islamisée et une identité fondée sur une ascendance moyen-orientale. L’archéologie contribue à nuancer ces traditions en démontrant, selon Moustakim, que « le peuple des Comores a une histoire remontant à l’âge de pierre », suggérant une continuité de peuplement antérieure à l’arrivée de l’islam et des migrants musulmans.
Les chroniques en langue arabe
Plusieurs chroniques rédigées en langue arabe documentent l’histoire islamique des Comores. Le manuscrit de Burhan Mkelle, intitulé « Tarikh Jazirat al-Qamar al-Kubra » (Histoire de la Grande Comore), rédigé en 1925, constitue l’une des sources historiques locales les plus importantes. Ce type de chroniques, rédigées par des lettrés musulmans locaux, offre une perspective endogène sur l’histoire de l’archipel, complétant les sources orales et les observations des voyageurs étrangers.
Ces textes en arabe témoignent de l’existence d’une classe lettrée musulmane aux Comores, capable de produire des œuvres historiographiques dans la langue savante de l’islam. Ils s’inscrivent dans une tradition scripturaire swahilie plus large, où l’arabe et le kiswahili en caractères arabes (ajami) servaient à consigner l’histoire, les généalogies, les traités religieux et les correspondances diplomatiques.
La chronique de Burhan Mkelle mentionne « les voyages des Asiatiques et d’autres vers la Grande Comore », documentant ainsi les multiples vagues de migration et de contact qui ont façonné l’histoire de l’île. Ces textes constituent des sources précieuses pour l’histoire locale, même s’ils doivent être utilisés avec précaution, car ils reflètent les préoccupations et les perspectives de leurs auteurs, souvent membres de l’élite urbaine.
Confrontation entre sources écrites et données archéologiques
La confrontation entre les traditions orales, les chroniques écrites et les données archéologiques révèle à la fois des concordances et des divergences, permettant une reconstitution plus nuancée de l’histoire islamique comorienne. Claude Allibert, dans son essai de mise en perspective des chroniques, de la tradition orale et des typologies céramiques, a entrepris ce travail de synthèse critique pour l’archipel des Comores.
Les données archéologiques tendent à confirmer l’ancienneté de la présence musulmane aux Comores, tout en suggérant des datations généralement plus tardives que celles proposées par les traditions les plus optimistes. Elles révèlent également la complexité du processus d’islamisation, qui ne fut probablement pas l’œuvre d’un événement unique mais plutôt le résultat de contacts répétés et d’une intégration progressive dans les réseaux commerciaux musulmans de l’océan Indien.
Les fouilles révèlent en outre l’existence d’occupations pré-islamiques aux Comores, confirmant une histoire humaine de l’archipel antérieure à l’arrivée de l’islam. Cette découverte nuance les récits qui font des migrants musulmans les premiers habitants des îles. Elle suggère plutôt un scénario d’islamisation progressive de populations locales préexistantes, complété par l’arrivée de migrants musulmans qui s’intégrèrent à ces communautés.
Les céramiques et la culture matérielle islamique
Typologies céramiques locales
L’étude des céramiques constitue un outil fondamental pour l’archéologie islamique comorienne, permettant de dater les occupations, d’identifier les productions locales et de retracer les échanges commerciaux. Les recherches de Claude Allibert sur les typologies céramiques locales et d’importation ont contribué de manière décisive à la compréhension de l’histoire ancienne de l’archipel.
Les céramiques locales comoriennes présentent des caractéristiques techniques et stylistiques spécifiques qui permettent de les distinguer des productions importées. Ces poteries, fabriquées avec des argiles locales selon des techniques traditionnelles, servaient aux usages quotidiens : stockage, cuisson, transport de l’eau. Leur évolution stylistique au fil des siècles fournit des marqueurs chronologiques précieux pour dater les différentes phases d’occupation des sites.
L’analyse des céramiques révèle également des continuités et des ruptures dans les traditions potières, témoignant des dynamiques culturelles à l’œuvre dans l’archipel. L’islamisation ne semble pas avoir provoqué de rupture brutale dans les traditions céramiques locales, suggérant une continuité de savoir-faire techniques malgré les transformations religieuses et sociales. Cette continuité plaide en faveur d’une islamisation progressive des populations locales plutôt qu’un remplacement démographique complet.
Céramiques importées et réseaux commerciaux
Les fouilles archéologiques sur les sites islamiques comoriens ont révélé une quantité importante de céramiques importées, témoignant de l’intégration de l’archipel dans les grands circuits commerciaux de l’océan Indien. Ces importations proviennent de diverses origines : monde arabo-persan (céramiques glaçurées du golfe Persique et du Yémen), Inde, et surtout Chine (porcelaines et céramiques diverses).
La présence de céramiques chinoises, notamment des porcelaines de la dynastie Tang (618-907) et des dynasties ultérieures, constitue un indicateur particulièrement significatif. Ces objets de prestige, qui parcouraient des milliers de kilomètres avant d’atteindre les Comores, témoignent de la prospérité des élites locales et de leur participation aux échanges internationaux. La qualité et la quantité de ces importations varient selon les sites et les périodes, reflétant les fluctuations de la prospérité économique.
Les céramiques du monde musulman, notamment les productions glaçurées, servaient probablement à la fois d’ustensiles de prestige et de marqueurs d’identité religieuse. Leur présence sur les sites comoriens dès les premières phases islamiques confirme l’établissement précoce de liens commerciaux directs avec le Moyen-Orient, liens qui facilitaient également la circulation des idées religieuses, des textes coraniques et des savants musulmans.
Objets de prestige et marqueurs sociaux
Au-delà des céramiques, les fouilles archéologiques ont révélé divers objets de prestige témoignant de la stratification sociale des communautés musulmanes comoriennes. Le cristal de roche, déjà mentionné, n’était pas seulement un produit d’exportation mais également un matériau utilisé localement pour fabriquer des objets de parure et de prestige. D’autres matériaux précieux circulaient également : perles de verre, objets en métal, tissus importés (dont les traces ont généralement disparu), et épices.
Ces objets de prestige jouaient un rôle crucial dans l’affirmation du statut social et dans la structuration des hiérarchies locales. Ils permettaient aux élites comoriennes de manifester leur richesse, leur connexion aux réseaux internationaux et leur appartenance à la civilisation musulmane cosmopolite de l’océan
Voir aussi
- Pratiques religieuses et rituels mortuaires swahili-comoriens
- Migrations austronésiennes et corridor swahili
- Islam et contacts arabo-swahili en Afrique orientale
- Études Océan Indien et instruments de musique
- Commerce de l’océan Indien et culture swahili (1-1500)
- Zanzibar et le monde swahili : histoire et sultanats