Projet de connectivité inter-îles (PICMC)
Table des matières
- Introduction
- Contexte et justification du projet
- Composantes du programme
- Objectifs et retombées attendues
- Cadre environnemental et social
- Budget et financement
- Mise en œuvre et passation de marchés
- Perspectives et défis
- Conclusion
Introduction
Le Projet de Connectivité Inter-Îles aux Comores (PICMC) constitue une initiative majeure de développement des infrastructures maritimes et portuaires de l’Union des Comores. Conçu pour répondre aux défis critiques de désenclavement et de mobilité dans un archipel composé de trois îles principales – Grande Comore, Anjouan et Mohéli –, ce projet ambitionne de transformer radicalement les conditions de transport maritime entre les îles et de faciliter les échanges commerciaux régionaux.
Placé sous la tutelle du Ministère des Transports Maritime et Aérien de l’Union des Comores, le PICMC s’inscrit dans une vision plus large de développement d’un corridor de transport multimodal (maritime-routier-aérien) visant à améliorer la connectivité inter-îles et la facilitation du commerce régional. Le projet bénéficie du soutien financier du Fonds Africain de Développement (FAD) de la Banque Africaine de Développement, qui a mis en place un Mécanisme de Financement de la Préparation des Projets (PPF) pour en assurer la conception et le lancement.
L’enjeu du PICMC dépasse la simple modernisation des infrastructures portuaires : il s’agit de créer les conditions d’un développement économique équilibré entre les îles, de réduire les coûts de transport des marchandises et des passagers, et d’améliorer l’intégration de l’archipel comorien dans les circuits commerciaux régionaux et internationaux.
Contexte et justification du projet
Problématique de la connectivité inter-îles
L’Union des Comores fait face à des défis structurels importants en matière de transport maritime. La configuration insulaire de l’archipel impose une dépendance absolue aux liaisons maritimes pour les échanges de biens et la mobilité des personnes entre les trois îles. Cette situation génère des coûts de transport élevés qui pèsent sur l’économie locale et limitent les opportunités de développement, particulièrement pour les îles d’Anjouan et Mohéli.
Les infrastructures portuaires existantes, pour la plupart anciennes et sous-dimensionnées, ne répondent plus aux standards internationaux de sécurité maritime et présentent des capacités insuffisantes face à l’évolution du trafic. Le manque d’investissements dans la modernisation des équipements portuaires et le vieillissement de la flotte maritime inter-îles ont contribué à dégrader la qualité et la régularité des services de transport.
Cadre institutionnel et financement
Le PICMC a été développé dans le cadre d’une coopération entre l’Union des Comores et la Banque Africaine de Développement. La Note Conceptuelle Abrégée du Projet, élaborée en mai 2023, a été préparée par une équipe multidisciplinaire dirigée par Pamphile CODO, Ingénieur Principal des Transports au sein de la division PICU.7/RDGE de la BAD. L’équipe comprend des spécialistes en transport maritime, facilitation du commerce, sauvegarde environnementale et sociale, gestion financière, et changement climatique.
Le projet intègre dès sa conception des dimensions transversales essentielles, notamment les questions de genre, les considérations environnementales et sociales, ainsi que l’adaptation au changement climatique. Un Cadre de Gestion Environnementale et Sociale (CGES) a été élaboré pour encadrer le renouvellement des navires et la construction des ports secondaires, garantissant ainsi la durabilité et l’acceptabilité sociale des interventions.
Composantes du programme
Extension et modernisation du port de Moroni
Le port de Moroni, principal point d’entrée maritime de la Grande Comore, constitue le pivot central du système portuaire comorien. Le PICMC prévoit une extension et une modernisation substantielles de cette infrastructure stratégique avec un budget de 52 milliards de francs comoriens (KMF). Les travaux incluent la construction ou l’extension de 173 mètres de quai, permettant d’accueillir des navires de plus grand tonnage grâce à un tirant d’eau porté à 9 mètres.
La capacité de traitement du port sera significativement augmentée pour atteindre 50 000 équivalents vingt pieds (EVP), dont 75% seront destinés au transbordement vers les autres îles de l’archipel. Cette dimension de hub de redistribution confère au port de Moroni un rôle central dans l’architecture logistique inter-îles. Les interventions comprennent également la construction de brise-lames pour protéger les installations portuaires, le dragage des fonds marins pour permettre l’accès de navires à plus fort tirant d’eau, et la mise en place d’installations conformes aux normes ISPS (International Ship and Port Facility Security) pour garantir la sécurité maritime internationale.
Extension du port de Mutsamudu
À Anjouan, le port de Mutsamudu bénéficie d’un programme d’extension doté d’un budget de 32,5 milliards KMF. Les infrastructures existantes, qui traitaient déjà 14 000 EVP en 2016, seront renforcées par l’ajout de 100 mètres de quai supplémentaire et l’augmentation du tirant d’eau à 4,5 mètres. La capacité théorique du port sera portée à 20 000 EVP, répondant ainsi à la croissance du trafic et aux besoins de l’île d’Anjouan.
Comme pour Moroni, les travaux incluent la construction de brise-lames pour améliorer la protection du port face aux conditions maritimes parfois difficiles dans cette zone de l’océan Indien, ainsi que le dragage nécessaire pour atteindre les profondeurs requises. Les installations de sécurité ISPS seront également mises en place pour conformer le port aux standards internationaux, condition indispensable pour maintenir l’attractivité du port dans les circuits maritimes régionaux.
Construction du port de Fomboni à Mohéli
L’île de Mohéli, la plus petite et la moins développée des trois îles principales, représente un enjeu particulier du PICMC. Le projet prévoit la construction d’un nouveau port à Boingoma (localité près de Fomboni, chef-lieu de l’île) avec un budget de 28 milliards KMF. Cette infrastructure nouvelle vise à désenclaver Mohéli et à lui offrir des capacités portuaires modernes, absentes jusqu’à présent.
Les travaux d’extension du port de Boingoma ont fait l’objet d’un Document de Sélection Initiale publié en novembre 2022, lançant un appel d’offres selon la modalité “Conception et Construction” (Design and Build). Cette approche permet d’optimiser l’intégration entre la conception technique et la réalisation, tout en responsabilisant un contractant unique sur l’ensemble du processus. Le nouveau port comprendra des infrastructures de protection (brise-lames), des quais adaptés aux navires inter-îles, et l’ensemble des équipements nécessaires à un fonctionnement moderne et sécurisé.
Objectifs et retombées attendues
Amélioration de la connectivité maritime
L’objectif premier du PICMC consiste à établir des liaisons maritimes régulières, fiables et sécurisées entre les trois îles de l’archipel. En modernisant et en augmentant les capacités portuaires, le projet vise à réduire les temps d’attente des navires, à améliorer la fluidité des opérations de chargement et déchargement, et à permettre l’exploitation de navires plus grands et plus modernes.
Le renouvellement de la flotte maritime inter-îles, également prévu dans le cadre du PICMC, complétera les investissements portuaires pour offrir un système de transport cohérent et performant. Cette double intervention sur les infrastructures à terre et les moyens nautiques doit permettre de réduire significativement les coûts de transport, bénéficiant directement aux populations locales et aux opérateurs économiques.
Facilitation du commerce régional
Au-delà de la connectivité inter-îles, le PICMC s’inscrit dans une stratégie de facilitation du commerce régional. En dotant l’Union des Comores de ports conformes aux normes internationales, le projet vise à améliorer l’insertion de l’archipel dans les circuits commerciaux de l’océan Indien occidental. La position géographique des Comores, entre l’Afrique continentale et Madagascar, offre un potentiel de développement comme plateforme logistique régionale.
L’augmentation des capacités de transbordement du port de Moroni s’inscrit dans cette vision, permettant d’envisager des flux de marchandises non seulement entre les îles comoriennes, mais également en provenance ou à destination d’autres pays de la région. La conformité aux normes ISPS dans les trois ports constituera un atout majeur pour attirer des compagnies maritimes internationales et développer de nouvelles lignes commerciales.
Impact socio-économique
Les retombées socio-économiques attendues du PICMC sont multiples. L’amélioration de la connectivité doit faciliter la mobilité des personnes, renforçant les liens familiaux et culturels entre les îles tout en permettant un meilleur accès aux services administratifs, éducatifs et sanitaires concentrés sur certaines îles. Pour Mohéli en particulier, longtemps marginalisée, le nouveau port de Boingoma représente une opportunité de développement économique sans précédent.
Le secteur de la pêche, activité économique majeure aux Comores, bénéficiera également des infrastructures portuaires améliorées, facilitant l’acheminement des produits de la mer vers les marchés locaux et, potentiellement, vers l’exportation. La création d’emplois directs et indirects liés à la construction, puis à l’exploitation des infrastructures portuaires modernisées, constitue un autre impact positif anticipé.
Cadre environnemental et social
Dispositif de sauvegarde
Conscient des impacts potentiels des grands travaux d’infrastructure sur l’environnement et les communautés locales, le PICMC a intégré dès sa conception un dispositif complet de sauvegarde. Le Cadre de Gestion Environnementale et Sociale (CGES) élaboré pour le projet établit les procédures d’identification, d’évaluation et d’atténuation des impacts environnementaux et sociaux associés au renouvellement des navires et à la construction des ports secondaires.
Ce cadre, développé sous la supervision de Lisbeth J. GODONOU, Spécialiste en Sauvegarde Environnementale et Sociale, définit les responsabilités institutionnelles, les mécanismes de consultation des parties prenantes, et les indicateurs de suivi de la performance environnementale et sociale du projet. L’approche adoptée vise à garantir que les bénéfices du développement portuaire ne se réalisent pas au détriment de l’environnement marin et côtier, particulièrement vulnérable dans la région.
Considérations climatiques
L’équipe du PICMC comprend Margaret KAMAU, Spécialiste en Changement Climatique et Croissance Verte, reflétant l’importance accordée à l’adaptation climatique dans la conception des infrastructures. Les Comores, comme de nombreux petits États insulaires, sont particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, notamment l’élévation du niveau de la mer, l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes et l’acidification des océans.
Les infrastructures portuaires du PICMC sont conçues pour résister aux conditions climatiques futures anticipées, avec des brise-lames dimensionnés pour faire face à des houles plus importantes et des installations terrestres positionnées de manière à minimiser les risques d’inondation. Cette approche d’adaptation préventive vise à garantir la durabilité à long terme des investissements réalisés.
Budget et financement
Répartition des investissements
Le coût total du programme PICMC s’élève à 112 milliards de francs comoriens, répartis entre les trois composantes portuaires principales. Cette enveloppe budgétaire substantielle reflète l’ampleur des travaux envisagés et la volonté de doter l’Union des Comores d’infrastructures portuaires de qualité, conformes aux standards internationaux.
La répartition budgétaire privilégie le port de Moroni avec 52 milliards KMF (46% du total), reconnaissant son rôle central dans le système portuaire national et sa fonction de hub de redistribution. Le port de Mutsamudu à Anjouan reçoit 32,5 milliards KMF (29% du total), tandis que la construction du nouveau port de Fomboni à Mohéli mobilise 28 milliards KMF (25% du total). Cette allocation budgétaire équilibrée entre les trois îles traduit une volonté de développement territorial harmonieux.
Mécanisme de financement
Le financement du PICMC repose principalement sur les instruments du Fonds Africain de Développement (FAD), branche concessionnelle du Groupe de la Banque Africaine de Développement. Le Mécanisme de Financement de la Préparation des Projets (PPF) a été mobilisé pour soutenir les phases de conception, d’élaboration des études techniques, environnementales et sociales, ainsi que la préparation des documents d’appel d’offres.
Cette approche de financement par une institution financière multilatérale apporte plusieurs avantages : mobilisation de ressources financières significatives à conditions concessionnelles, expertise technique internationale dans la préparation et le suivi du projet, et crédibilité renforcée du projet auprès d’éventuels co-financeurs ou partenaires techniques. L’implication de la BAD garantit également l’application de standards élevés en matière de passation de marchés, de sauvegarde environnementale et sociale, et de gestion financière.
Mise en œuvre et passation de marchés
Procédures de sélection
La mise en œuvre du PICMC suit des procédures rigoureuses de passation de marchés conformes aux règles de la Banque Africaine de Développement. Pour la construction du port de Boingoma à Mohéli, un Document de Sélection Initiale a été publié en novembre 2022, invitant les entreprises qualifiées à manifester leur intérêt pour des travaux selon la modalité “Conception et Construction” (Design and Build).
Cette approche intégrée, où un seul contractant assume la responsabilité de la conception détaillée et de la réalisation des travaux, permet d’optimiser la cohérence technique et de réduire les risques d’interface entre conception et construction. Les critères de sélection initiale évaluent la capacité technique, l’expérience dans des projets similaires, et la solidité financière des candidats, garantissant ainsi que seules des entreprises qualifiées seront invitées à soumissionner.
Équipe de gestion du projet
La gestion du PICMC est assurée par une équipe multidisciplinaire coordonnée par le Ministère des Transports Maritime et Aérien de l’Union des Comores, avec l’appui technique de la Banque Africaine de Développement. L’équipe BAD, dirigée par Pamphile CODO comme chef d’équipe, réunit une quinzaine de spécialistes couvrant l’ensemble des dimensions du projet : ingénierie maritime et portuaire, facilitation du commerce, sauvegarde environnementale et sociale, gestion financière, acquisitions, décaissement, fragilité et résilience, changement climatique, pêche, genre, et aspects juridiques.
Cette composition multisectorielle reflète la complexité d’un projet de développement intégré et garantit la prise en compte de l’ensemble des enjeux techniques, financiers, environnementaux, sociaux et institutionnels. Des consultants spécialisés complètent l’équipe permanente pour des expertises spécifiques, notamment en économie des transports.
Perspectives et défis
Enjeux de durabilité
La réussite à long terme du PICMC dépendra de la capacité des autorités comoriennes à assurer la maintenance et l’exploitation efficace des infrastructures nouvelles ou modernisées. Les investissements massifs consentis dans les ouvrages portuaires nécessiteront des ressources récurrentes pour l’entretien, le dragage périodique, et le renouvellement progressif des équipements.
Le développement de capacités locales en gestion portuaire moderne, conformément aux standards internationaux, constitue donc un enjeu crucial. La formation du personnel, le transfert de technologies et de savoir-faire, ainsi que la mise en place de modèles économiques viables pour l’exploitation portuaire devront accompagner les investissements physiques pour garantir la pérennité du projet.
Articulation avec d’autres secteurs
Le PICMC, centré sur les infrastructures maritimes et portuaires, doit s’articuler avec d’autres interventions dans les domaines du transport routier et aérien pour réaliser pleinement la vision d’un corridor de transport multimodal. La connectivité entre les ports et les réseaux routiers intérieurs, ainsi que la complémentarité avec les liaisons aériennes inter-îles, conditionneront l’efficacité globale du système de transport.
De même, le développement de zones d’activités logistiques et commerciales autour des ports modernisés pourra amplifier les retombées économiques du projet. L’intégration du PICMC dans une stratégie plus large de développement économique territorial, incluant l’appui aux filières productives (agriculture, pêche, artisanat) et aux opérateurs commerciaux, maximisera son impact sur la réduction de la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie des populations comoriennes.
Conclusion
Le Projet de Connectivité Inter-Îles aux Comores (PICMC) représente une initiative structurante pour l’avenir de l’archipel. En investissant 112 milliards de francs comoriens dans la modernisation des infrastructures portuaires des trois îles principales, ce programme ambitionne de transformer radicalement les conditions de transport maritime, de faciliter les échanges commerciaux, et de promouvoir un développement économique plus équilibré entre les territoires insulaires.
Au-delà des ouvrages physiques – quais, brise-lames, installations portuaires –, le PICMC incarne une vision du développement qui intègre les dimensions environnementales, sociales et climatiques, tout en visant l’insertion des Comores dans les circuits commerciaux régionaux et internationaux. Sa réussite dépendra de la qualité de sa mise en œuvre, de la pérennisation des capacités de gestion créées, et de son articulation avec d’autres politiques sectorielles de développement.
Voir aussi
- Ministère des Transports Maritime et Aérien des Comores
- Banque Africaine de Développement
- Port de Moroni
- Port de Mutsamudu
- Économie des Comores
- Transport aux Comores
Sources
- Cadre de Gestion Environnementale et Sociale (CGES) du Projet Connectivité Inter Îles aux Comores (PICMC), Union des Comores, Ministère des Transports Maritime et Aérien, Moroni (2023)
- Note Conceptuelle Abrégée du Projet de Développement d’un Corridor de Transport Multimodal pour l’Amélioration de la Connectivité Inter-Îles aux Comores, Mécanisme de Financement de la Préparation des Projets (PPF) du Fonds Africain de Développement, Banque Africaine de Développement (mai 2023)
- Des infrastructures portuaires compétitives, Conférence des Partenaires au Développement des Comores, Paris (2-3 décembre 2019)
- Document de Sélection Initiale Travaux - Conception et Construction - Travaux d’extension du port de Boingoma à Mohéli, Projet Connectivité Inter-Îles des Comores (novembre 2022)