Table des matières

Introduction

Les petites et moyennes entreprises (PME) constituent l’épine dorsale du tissu économique de l’Union des Comores, représentant plus de 95% de l’ensemble des entreprises du pays, à l’instar de ce qui s’observe dans les pays de l’OCDE. Dans le contexte comorien, ces structures de petite taille jouent un rôle déterminant dans le développement économique national, particulièrement dans un archipel confronté à des défis structurels importants. Selon les données des Chambres de commerce des trois îles de l’Union, 71% des 151 entreprises recensées opèrent dans le secteur tertiaire, qui contribue à plus de 56% du PIB et emploie 30% de la population active.

La mise en œuvre du code de l’investissement a marqué un tournant dans la dynamique entrepreneuriale comorienne. L’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANPI) a enregistré un nombre record de créations d’entreprises, avec 1 468 nouvelles immatriculations, témoignant d’un regain d’activité entrepreneuriale. Cependant, ce dynamisme quantitatif ne doit pas masquer les défis persistants auxquels font face les PME comoriennes, notamment en matière de formalisation de la gestion, d’utilisation des outils comptables et d’accès au financement.

La structuration et la professionnalisation des PME comoriennes apparaissent comme des enjeux cruciaux pour améliorer leur compétitivité et leur contribution au développement économique de l’archipel. Les pratiques de gestion et l’utilisation de l’information comptable constituent des leviers essentiels de performance qui restent insuffisamment développés dans la majorité de ces entreprises.

Profil et caractéristiques des PME comoriennes

Répartition sectorielle

Le tissu entrepreneurial comorien se caractérise par une forte concentration dans le secteur tertiaire. Selon le barométrage des PME d’Afrique réalisé en 2014, 71% des entreprises recensées dans les trois chambres de commerce de l’Union des Comores opèrent dans les services. Cette prédominance du tertiaire reflète la structure économique du pays, où ce secteur contribue à plus de la moitié du PIB national (56%) tout en n’employant que 30% de la population active, révélant un certain déséquilibre dans la productivité sectorielle.

Le secteur primaire, dominé par l’agriculture, reste largement informel et peine à se structurer en entreprises formelles, malgré son importance dans l’emploi rural. Le secteur secondaire demeure marginal, reflétant la faiblesse de l’industrialisation de l’archipel et sa dépendance aux importations pour la majorité des produits manufacturés.

Degré de formalisation

La question de la formalisation constitue un défi majeur pour les PME comoriennes. À l’instar d’autres pays en développement, l’archipel connaît un taux élevé d’informalité entrepreneuriale. L’Inde, l’un des rares pays disposant de données fiables sur les entreprises informelles, rapportait en 2007 l’existence de 17 PME non enregistrées pour une PME enregistrée. Bien que des données précises manquent pour les Comores, les observations des chercheurs suggèrent une situation comparable.

La structuration des PME comoriennes, notamment à travers la formalisation de la gestion et l’utilisation obligatoire des outils comptables généraux, apparaît comme un levier potentiel de développement. La mise en place du code de l’investissement vise précisément à encourager cette formalisation, avec des résultats encourageants en termes de nombre de créations d’entreprises formelles.

Dynamique de création d’entreprises

L’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements a enregistré un nombre record de 1 468 créations d’entreprises suite à la mise en œuvre du nouveau code de l’investissement, marquant une augmentation significative par rapport aux années précédentes. Cette dynamique témoigne d’une volonté entrepreneuriale croissante dans l’archipel, stimulée par un cadre réglementaire plus attractif.

Toutefois, cette croissance quantitative doit être nuancée par les défis de pérennité et de développement auxquels font face ces nouvelles entreprises, particulièrement en termes d’accès au financement et de maîtrise des outils de gestion.

Pratiques de gestion et utilisation de l’information comptable

État des pratiques managériales

L’analyse des pratiques de gestion dans les PME comoriennes révèle des lacunes importantes qui affectent leur performance et leur développement. La question centrale posée par les chercheurs Abderemane Soilihi Djae, Fahardine Ali Islam et Abdou Salami Mohamed est de savoir si les pratiques de gestion peuvent constituer un levier de performance pour les petites et moyennes entreprises de l’Union des Comores.

Les recherches menées soulignent que les pratiques de gestion doivent s’adapter aux changements stratégiques de l’environnement économique. Or, de nombreuses PME comoriennes fonctionnent avec des méthodes informelles, sans recours systématique aux outils de gestion modernes. Cette situation limite leur capacité à planifier leur développement, à optimiser leurs ressources et à répondre efficacement aux exigences d’un marché de plus en plus concurrentiel.

Utilisation des outils comptables

L’utilisation de l’information comptable dans les PME comoriennes demeure insuffisante. La littérature abondante sur le rôle des pratiques comptables dans l’évolution des entreprises souligne l’importance de cet aspect. La comptabilité ne constitue pas seulement une obligation réglementaire, mais un outil stratégique de pilotage et de prise de décision.

La formalisation de la gestion passe notamment par l’adoption des outils comptables généraux obligatoires et par la mise en place de vérifications comptables régulières. Cependant, la réalité du terrain montre que de nombreuses PME comoriennes peinent à mettre en œuvre ces pratiques, faute de compétences internes, de moyens financiers ou de conscience de leur importance stratégique.

Défis de gouvernance managériale

La perspective d’une bonne gouvernance managériale pour les PME comoriennes implique une transformation profonde des modes de fonctionnement. Cette transformation nécessite non seulement l’adoption d’outils techniques (comptabilité, contrôle de gestion, tableaux de bord), mais également une évolution culturelle vers une gestion plus professionnelle et transparente.

Les contrôles de vérification comptable, qui deviendront obligatoires avec la structuration progressive du secteur, représentent à la fois une contrainte et une opportunité pour améliorer la qualité de la gestion et renforcer la crédibilité des entreprises vis-à-vis des partenaires financiers et commerciaux.

Environnement des affaires et contraintes structurelles

Cadre réglementaire et politique structurelle

L’Union des Comores a obtenu un score de 3 sur le critère de politique structurelle et de cadre réglementaire des entreprises, selon l’Évaluation des Politiques et Institutions de pays africains (CPIA), légèrement en deçà de la moyenne africaine de 3,2. Ce score reflète les progrès accomplis, notamment avec la mise en place du code de l’investissement, mais également les marges d’amélioration qui subsistent.

Le cadre réglementaire demeure perfectible, particulièrement en ce qui concerne la simplification des procédures administratives, la sécurisation juridique des transactions commerciales et la protection des investisseurs. Ces aspects constituent des déterminants importants de l’attractivité du pays pour les entrepreneurs locaux et étrangers.

Contraintes d’accès au financement

Le secteur bancaire constitue l’une des principales contraintes auxquelles font face les PME comoriennes, tant dans leur phase de démarrage que durant leur développement. L’Évaluation des Politiques et Institutions de pays africains souligne que le secteur financier comorien présente des faiblesses structurelles qui limitent l’accès des PME au crédit.

Cette situation s’explique par plusieurs facteurs : une aversion au risque prononcée des établissements bancaires, l’absence de garanties suffisantes de la part des entrepreneurs, le manque d’historique financier pour les nouvelles entreprises, et les taux d’intérêt relativement élevés. Ces obstacles financiers freinent considérablement la croissance et la modernisation des PME comoriennes.

Infrastructure et connectivité numérique

L’enquête sur l’accès et l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans les entreprises, menée en 2019 par l’Autorité Nationale de Régulation des TIC (ANRTIC) avec le soutien de la Banque mondiale, a permis d’évaluer le niveau d’équipement et d’utilisation des outils numériques dans les entreprises comoriennes.

Les résultats de cette enquête révèlent des disparités importantes dans l’accès aux TIC, qui constituent pourtant un facteur de compétitivité croissant dans l’économie moderne. La digitalisation des PME comoriennes reste limitée, ce qui affecte leur capacité à accéder à l’information, à communiquer efficacement avec leurs partenaires et à adopter des outils de gestion informatisés.

Enjeux de compétitivité

Analyse comparative de la compétitivité

L’analyse de la compétitivité des entreprises comoriennes, telle qu’étudiée dans les travaux universitaires, met en évidence plusieurs facteurs limitants. La compétitivité des PME comoriennes est affectée par des contraintes multidimensionnelles : coûts de production élevés liés à l’insularité, difficultés d’approvisionnement, étroitesse du marché domestique, et manque de qualification de la main-d’œuvre.

L’Étude Diagnostique sur l’Intégration du Commerce (EDIC 2015-2019) a identifié ces obstacles à la compétitivité comme des freins majeurs à l’insertion des entreprises comoriennes dans les chaînes de valeur régionales et internationales. La faible productivité, combinée à des coûts d’exploitation élevés, limite la capacité des PME comoriennes à concurrencer les produits importés, même sur leur marché domestique.

Défis liés à l’insularité

L’insularité constitue une contrainte structurelle majeure pour les PME comoriennes. L’éloignement géographique, la fragmentation du territoire national en trois îles principales, et les coûts élevés de transport maritime et aérien pèsent lourdement sur la compétitivité des entreprises. L’approvisionnement en matières premières et en équipements nécessite des délais et des coûts importants, tandis que l’accès aux marchés d’exportation se trouve entravé par les mêmes difficultés.

Cette situation est particulièrement problématique dans un contexte de mondialisation où la réactivité et la flexibilité constituent des avantages concurrentiels déterminants. Les PME comoriennes doivent composer avec ces handicaps structurels qui affectent leur rentabilité et leur capacité de développement.

Qualification et compétences

Le déficit de compétences managériales et techniques constitue un obstacle important au développement des PME comoriennes. La faiblesse du système éducatif et de formation professionnelle limite la disponibilité de personnel qualifié, tant au niveau des dirigeants d’entreprise qu’à celui des employés.

Cette lacune se traduit notamment par une maîtrise insuffisante des outils de gestion modernes, une faible culture de l’innovation, et des difficultés à adopter de nouvelles technologies ou méthodes de travail. Le renforcement des capacités entrepreneuriales et managériales apparaît ainsi comme un enjeu prioritaire pour améliorer la performance des PME comoriennes.

Perspectives de développement et recommandations

Nécessité de structuration et de professionnalisation

La structuration des PME comoriennes, comme souligné dans les recherches menées, peut jouer un rôle important dans l’amélioration de leurs performances. Cette structuration passe par plusieurs axes : la formalisation administrative et juridique, l’adoption d’outils comptables et de gestion rigoureux, la mise en place de contrôles internes, et le développement de compétences managériales.

La professionnalisation des pratiques de gestion doit être encouragée à travers des programmes de formation, d’accompagnement et de sensibilisation des entrepreneurs. L’objectif est de faire évoluer progressivement les PME d’un mode de fonctionnement informel et intuitif vers une gestion plus rationnelle et stratégique, fondée sur l’utilisation systématique de l’information comptable et financière.

Amélioration de l’accès au financement

Le développement d’instruments financiers adaptés aux besoins et aux caractéristiques des PME comoriennes constitue une priorité. Cela implique une évolution du secteur bancaire vers une meilleure compréhension des spécificités de ces entreprises et une prise de risque plus mesurée. La mise en place de mécanismes de garantie, de fonds de soutien spécifiques, ou de systèmes de microfinance peut contribuer à réduire les contraintes d’accès au crédit.

Parallèlement, l’amélioration de la qualité de la gestion et de la comptabilité des PME renforcera leur crédibilité auprès des institutions financières et facilitera l’évaluation de leurs dossiers de financement. La transparence et la fiabilité de l’information financière constituent des conditions essentielles pour instaurer une relation de confiance entre les banques et les PME.

Renforcement du cadre institutionnel

Le rôle de l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANPI) et des autres structures d’appui aux entreprises doit être renforcé et étendu au-delà de la simple création d’entreprises. Un accompagnement post-création, incluant du conseil en gestion, en stratégie et en développement, permettrait d’améliorer le taux de survie et de croissance des PME.

La simplification continue des procédures administratives, l’amélioration de l’environnement des affaires, et le renforcement de la sécurité juridique constituent également des leviers importants pour stimuler le développement entrepreneurial et améliorer la compétitivité des PME comoriennes.

Intégration dans les chaînes de valeur

L’Étude Diagnostique sur l’Intégration du Commerce (EDIC) souligne l’importance d’une meilleure insertion des entreprises comoriennes dans les chaînes de valeur régionales et internationales. Cette intégration nécessite une amélioration de la qualité des produits et services, le respect de normes internationales, et le développement de capacités d’export.

Les PME comoriennes doivent également explorer les opportunités offertes par les accords commerciaux régionaux et les initiatives d’intégration économique, tout en développant leurs capacités à répondre aux exigences des marchés internationaux en termes de qualité, de délais et de volumes.

Voir aussi

Sources

  • Fahardine Ali Islam, “Profile of SMEs in the Union of the Comoros, Perspective of Good Managerial Governance”, European Academic Research, Vol. X, Issue 5, août 2022
  • Abderemane Soilihi Djae, Fahardine Ali Islam, Abdou Salami Mohamed, “Analysis of the Use of Accounting Information and Management Practices in SMEs”, European Academic Research, Vol. IX, Issue 10, janvier 2022
  • Zalfata Mohamed Abdallah, “Analyse de la compétitivité des entreprises aux Comores”, Université d’Antananarivo, 2009
  • Étude Diagnostique sur l’Intégration du Commerce en Union des Comores (EDIC 2015-2019), Ministère des Finances, avril 2015
  • Autorité Nationale de Régulation des TIC (ANRTIC), “Rapport de l’Enquête sur l’accès et l’usage des TIC dans les entreprises”, 2019
  • Banque mondiale, “Mémorandum économique de l’Union des Comores : Stimuler la croissance pour de plus grandes opportunités”, septembre 2023
  • Commission Économique pour l’Afrique, “Profil 2017 - Les Comores”, Bureau sous-régional pour l’Afrique de l’Est, 2017